René Ricol : "Les IRT d'aubaine seront disqualifiés"

Dépêche n°156512
Paris, Jeudi 13 octobre 2011, 10:01:11

René Ricol attend des demandes « raisonnables » pour les idex, le « respect » des projets d’IRT et précise pour AEF les formations innovantes

Les montants demandés dans le cadre des projets d’idex « doivent être raisonnables » et « compatibles avec l’enveloppe globale » ; « l’initiative d’excellence en formations innovantes » ou Idefi devra permettre de sélectionner des projets « qui peuvent faire bouger les lignes » ; les IRT retenus doivent respecter « ce qu’ils ont eux-mêmes proposé dans le cadre de l’appel à projets » au risque d’être « disqualifiés » ; et la contractualisation avec les lauréats des investissements d’avenir, notamment avec les équipex, doit s’accélérer. Tels sont les « messages » que René Ricol, commissaire général à l’investissement, entend faire passer aux communautés académique et industrielle, dans le cadre d’un entretien accordé à AEF (1), mardi 11 octobre 2011.

S’agissant des idex, René Ricol annonce que « l’enveloppe de 7,7 milliards d’euros pourra se trouver mécaniquement ramenée aux alentours de 7 milliards ». Il avance deux raisons principales à cette évolution. La première tient au fait que « tous les résultats des labex ne sont pas encore tombés » car la deuxième vague est encore en cours, le délai pour le dépôt des dossiers étant fixé au 12 octobre. Or « les deux enveloppes labex et idex sont interdépendantes ». Seconde raison : le lancement de l’action « initiatives d’excellence en formations innovantes » ou « Idefi », qui sera financée par un prélèvement sur l’enveloppe consacrée aux idex.

« UN PROJET À 1,2 OU 1,5 MILLIARD CE N’EST PAS RAISONNABLE »

« Dans cette configuration, pour définir les crédits attribués aux trois premiers lauréats [Strasbourg, Bordeaux et Paris Sciences et Lettres], nous avions deux choix possibles : soit attendre que tous les projets d’idex et de labex soient définitivement sélectionnés – c’est-à-dire au premier trimestre 2012, voire plus tard en cas de 3e vague -, soit, et c’est cette option qui a ma préférence, commencer à travailler avec eux dès maintenant. » Mais, souligne René Ricol, cela suppose, aussi bien pour les porteurs de projets sélectionnés que pour ceux qui concourent à idex 2, de présenter des dossiers dont les « montants demandés sont raisonnables ». Or « un projet à 1,2 milliard ou 1,5 milliard d’euros, ce n’est pas raisonnable. Ce n’est pas compatible avec le montant de l’enveloppe globale et je rappelle que la loi de finances rectificative pour 2010 qui met en oeuvre le grand emprunt prévoit ‘5 à 10’ idex. Si ces porteurs restent accrochés à leur demande, cela va obliger soit à discuter indéfiniment, soit à attendre que tous les projets soient sélectionnés pour annoncer les crédits. »

Quoi qu’il en soit, le CGI entend débuter « très prochainement avec le MESR le dialogue » avec les trois projets de Strasbourg, Bordeaux et Paris Sciences et Lettres avec pour objectif de les terminer avant la fin de l’année 2011. Et si après idex 2, « il reste de l’argent, on pourra toujours allonger certaines dotations », affirme René Ricol. « Ce qui est certain, ajoute-t-il, c’est que pour l’instant nous n’avons fait aucune promesse. »

20 « IDEFI » SÉLECTIONNÉES HORS IDEX

Pour ce qui est des « Idefi », l’appel à projets sera lancé prochainement. « Nous attendons l’avis du Parlement. Ensuite la convention sera publiée au Journal officiel et dans la foulée l’appel à projets sera rendu public », précise René Ricol. Cet action était « une demande légitime de Valérie Pécresse et de la CPU, soutenue par le conseil de surveillance des investissements d’avenir co-présidé par Michel Rocard et Alain Juppé ».

Par cette initiative, « nous allons poursuivre notre politique initiale qui n’est pas une politique d’arrosoir ». L’objectif sera ainsi de financer 20 projets hors idex et d’en labelliser une trentaine si l’on prend en compte les projets qui seront intégrés dans une initiative d’excellence. En outre, « comme pour tous les autres appels à projets, le jury sera international ». Enfin, l’enveloppe financière n’est pas « prédéterminée de façon rigide », assure René Ricol.

« Pour Laurent Wauquiez et moi, l’objectif est de financer des formations vraiment innovantes, qui peuvent avoir des effets de capillarité immédiate. Je pense par exemple à la médecine ou aux SHS  », précise René Ricol. « Il faut que ce soit des projets démonstrateurs », quel que soit le niveau de formation, licence, master ou doctorat.

LES IRT « D’AUBAINE » SERONT « DISQUALIFIÉS »

À propos des IRT (instituts de recherche technologique), pour lesquels 1,5 milliard d’euros ont été attribués aux six premiers lauréats sur une enveloppe globale de 2 milliards d’euros (AEF n°155946), le commissaire général à l’investissement constate : « aujourd’hui certains industriels sont bien dans le cadre des projets qu’ils ont déposés, mais d’autres ne le sont plus du tout, envisageant une mise en oeuvre différente de ce qu’ils avaient annoncé, dans le seul souci d’optimiser leurs intérêts ». Selon lui, « pour une moitié des projets, on est dans l’effet d’aubaine ». « Nous ne l’accepterons pas, prévient René Ricol. Si les IRT ne se montent pas tels qu’ils ont été présentés, ils seront disqualifiés et nous lancerons un nouvel appel à projets. »

« Il n’est pas question que nous revenions sur l’exigence d’un retour des IRT aux laboratoires publics de recherche », précise René Ricol, interrogé sur la nature des changements intervenus. « Les IRT doivent être de véritables centres de recherche partenariaux. » Il rappelle que « les industriels ont répondu aux appels à projets en parfaite connaissance de cause ». « Nous leur avons même permis de déposer des projets ‘hors cadre’ en expliquant pourquoi, ce qu’a fait par exemple le projet grenoblois Nanoélec (AEF n°151565). Nous n’obligeons personne à répondre aux appels à projets, mais quand on le fait, il faut respecter le projet déposé. »

« LA CONTRACTUALISATION AVEC LES LAURÉATS NE VA PAS ASSEZ VITE »

« La contractualisation des projets lauréats aux investissements d’avenir ne va pas assez vite, notamment dans le cas des équipex (équipements d’excellence) », constate enfin René Ricol. « Un délai de six mois me paraît normal, avec un maximum à neuf mois. Au-delà, cela devient déraisonnable. »

Pour ce qui relève de l’administration, il affirme pouvoir « s’en occuper » : « Nous avons montré que nous sommes capables de verser très vite des acomptes, nous l’avons fait pour les labex et les idex (AEF n°150293 et n°156031). Et s’il s’avère nécessaire que l’ANR mette plus de moyens, nous lui demanderons de le faire. »

Mais il observe aussi que « les lenteurs peuvent venir des porteurs de projets, notamment lorsque beaucoup de signatures sont requises auprès de leurs institutions d’appartenance et de leurs partenaires » (AEF n°155954). Aussi en appelle-t-il à la « responsabilité commune » de tous les acteurs : « Il faut que tout le monde se mobilise », martèle-t-il.

(1) Entretien réalisé par René-Luc Bénichou, Anaïs Gérard et Jean-Michel Catin.

Ce contenu a été publié dans Actualités, avec comme mot(s)-clé(s) . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *