Un Labex pour sauver les meubles !

Source : sauvonsluniversite.com

Lors des auditions effectuées par l’Office parlementaire  sur le Programme des Investissements d’avenir (PIA), M. Farid Ouabdesselam, président de l’Université Joseph Fourier à Grenoble a précisé « ce qu’est la démarche d’un établissement universitaire dans le cadre du PIA, et plus spécifiquement dans le cadre des LabEx [Laboratoires d’excellence] ».

Un homme qui démontre la capacité d’adaptation et l’instinct de survie du milieu

Disons d’abord que l’homme qui témoigne connaît sa leçon et sait ce qu’il faut dire. On n’attrape pas les mouches avec du vinaigre. Peut-être même y croit-il et c’est là toute l’ambiguïté d’une large fraction de notre milieu. Je cite. « Il y avait incontestablement à Grenoble une très forte adhésion des communautés scientifiques aux principes du PIA. (…). Permettre une « accélération de la recherche », aller vers de « nouvelles frontières » dans ce domaine-là, prendre des « approches en totale rupture avec celles qui étaient pratiquées ».

Prenant l’exemple de son LabEx « LANEF » (Laboratoire d’alliances nanosciences-énergies du futur), l’orateur montre à quel point toutes les formes d’appels d’offres sont congruentes : le LANEF « traduit ce que j’ai appelé tout à l’heure le prolongement de l’opération Campus. En effet, tous ces laboratoires sont actuellement sur un site, le Polygone scientifique, où s’apprêtent à le rejoindre dans le cadre précisément de l’opération Campus, puisque nous avons prévu la construction de nouveaux bâtiments ». Pour le passé donc, mais aussi pour le futur : « Cela permet de construire des projets collectifs pour lesquels d’autres financements peuvent à ce moment-là être recherchés, en particulier au niveau européen, de façon très claire. Le LabEx LANEF n’existe que depuis 5 mois, et il a déjà déposé deux projets européens ».

En même temps, l’homme reste un scientifique, attaché au CNRS et aux UMR

« Ce laboratoire, c’est une coordination entre cinq laboratoires existants. Le souci a été de préserver les laboratoires existants. Ceux-ci sont déjà de grosse taille, et il ne s’agissait surtout pas que le LabEx constitue une espèce de ligne de fracture au sein de ces cinq laboratoires. Ils ont tous pour tutelle le CNRS et l’Université Joseph Fourier, et pour certains d’entre eux, le CEA, et pour d’autres enfin, Grenoble INP. »

Et d’expliquer que faute de postes statutaires et d’allocations de recherche, faute de crédits d’équipement venant des organismes, le LabEx était une façon de sauver les meubles : « Il nous permettait d’attirer des talents du monde entier, des jeunes talents, par exemple des doctorants, mais également des personnes confirmées dans leur secteur. Deuxièmement, il nous donnait la possibilité d’acquérir des équipements, qui actuellement nécessitent des investissements très lourds et que nous ne pouvons réaliser seuls, même avec nos partenaires des organismes. Et enfin, il nous donnait la forte résolution de nous attaquer à un ensemble de verrous technologiques, de façon à aider notre industrie, peut-être pas de manière immédiate, à être très compétitive sur le plan mondial. »

Des structures ayant ces fonctions existent au CNRS depuis 20 ans : ce sont les « Fédérations d’équipes » (ou les GdR régionaux). Un tel choix aurait demandé beaucoup moins de temps perdu en dossier et en évaluation, car les UMR étaient déjà connues du Comité national. Alors quels avantages ? Financiers ?

Malgré l’obtention du Labex, les ressources des labos impliqués sont en baisse

Certes, avantage financier par rapport aux perdants, mais apport nul dans l’absolu. Le président de l’UJF de Grenoble poursuit : « J’aimerais insister sur le fait que la dotation aux LabEx doit conserver son rôle premier, c’est-à-dire qu’elle ne doit pas devenir un substitut aux dotations récurrentes des laboratoires. Or on peut avoir ce souci, puisqu’à l’heure actuelle, la dotation récurrente tend à baisser. Dans le cas de LANEF, la dotation baisse depuis deux ans d’environ 10%, c’est-à-dire environ 1 milllion € (la dotation des 5 laboratoires est d’environ 10 milllions €). Et la dotation correspondant à LANEF est de 850 000 €. Donc c’est juste ce que nous avons perdu. Il faut surtout faire attention à ne pas considérer que les établissements qui ont la chance d’être lauréats avec des LabEx peuvent se permettre de ne plus avoir de dotation récurrente. »

Les EX : un gaspillage considérable en temps et argent

Reprenant sa casquette de Président d’université, l’orateur affirme que pour 7 Labex déposés , « l’investissement de l’Université Joseph Fourier atteint 750 000 €, parce qu’on a eu un ingénieur à temps plein pendant six mois, on a eu recours à un cabinet d’ingénierie de projets qui nous a coûté 100 000 €, et 14 professeurs ont été les coordinateurs et contributeurs scientifiques pendant six mois pour constituer les dossiers. »

Et d’enchaîner : « Il faut que nous arrivions tous à être en coûts complets. Cela signifie que l’Etat devra admettre le fait qu’avoir des LabEx, avoir des EquipEx, ça coûte aux établissements qui ont monté ces projets, et donc, ce n’est pas 4% qu’il faut leur permettre de prélever, mais bien plus. En cela, le séminaire de la CURIF (Conférence des universités en recherche intensive de France) qui a eu lieu le 16 novembre 2011, a permis de montrer, à travers plusieurs illustrations danoises et allemandes, ce qu’était la situation dans ces pays. Il y avait même une expérience nord-américaine montrant que les coûts complets amènent à devoir reconnaître que les frais supplémentaires sont entre 30 et 45%. » Et ce, sans parler du coût induit par la structure du Grand emprunt lui-même (organisation des appels d’offre, jurys, suivi, etc.)

En d’autres termes, non seulement les gagnants aux LabEx (ne parlons pas des perdants …) n’ont souvent pas vu leurs crédits totaux (UMR + LabEx) augmenter, mais le fait de gagner des labEx est extrêmement coûteux pour l’établissement qui les héberge. C’est encore bien pire que les RTRA, que l’orateur voue, à juste titre, aux gémonies (2).

Transformer les LabEx en Fédérations d’équipes ou en Gdr

Il est clair qu’il faut remettre à plat le Grand emprunt. Si les IdEx focalisent à juste titre l’attention, des structures comme les LabEx peuvent se révéler à terme tout aussi toxiques car participant à la multiplication des structures parallèles. Ils devraient être transformés, dans les meilleurs délais, en Fédérations d’équipes ou en GdR mixtes universités-organismes après évaluation d’une instance scientifique nationale (Comité national) et des Conseils scientifiques d’universités etc…, et soumis de ce fait à renouvellement.

Mariannick

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