Les investissements d’avenir font-ils vraiment consensus ?

Source : usinenouvelle.com

Le PIA – programme d’investissements d’avenir – fait-il consensus ? Au niveau macropolitique. Apparemment, oui. Le nouveau gouvernement a même nommé un de ses plus fidèles serviteurs, Louis Gallois (ex EADS, ex SNCF, ex Aerospatiale, ex Snecma, ex directeur de cabinet de Jean-Pierre Chevènement) à la tête du Commissariat général à l’investissement (CGI). Pour lui, tout va bien. « Je m’inscris sans problème dans les orientations dessinées par les auteurs initiaux du rapport sur le grand emprunt, Michel Rocard et Alain Juppé, et dans celle de mon prédécesseur au CGI, René Ricol », a-t-il déclaré pour son premier discours à ce poste, lors de la convention annuelle du pôle System@tic.

Mais au niveau micro des acteurs concernés, passée l’euphorie de cette manne financière, c’est un peu la gueule de bois. Et les critiques fusent. En commençant par le fonds pour la société du numérique (4,25 milliards d’euros de prévus). « Beaucoup d’argent public mal employé », fustige Gilles Babinet, ex président du Conseil national du numérique. Pour lui, investir dans le cloud maintenant (plus de 150 millions d’engagés), ne sert à rien. « Il fallait le faire il y a cinq ans. C’est dans les couches hautes du cloud qu’il faut maintenant investir ». Jean-Noël de Galzain, PDG de Wallix et VP PME du pôle System@tic tempête lui aussi. « Nous avions refusé de labelliser le projet Andromède de cloud souverain, car il n’y avait aucune PME. » Pourtant, NKM, lorsqu’elle était encore ministre déléguée à l’économie numérique, avait bien rappelé à l’ordre les grands comptes lors de son appel à propositions. Mais les vieux démons ont la dent dure !

Mais là où cela coince le plus, c’est probablement au niveau de la recherche publique avec la création des Idex, Labex, IRT, IEED et autre SATT. « Les investissements d’avenir sont une belle idée, qui ne doit pas se transformer en une superposition de structures », a remarqué Geneviève Fioraso, la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche lors de la remise des médailles de l’innovation du CNRS. Quelques minutes avant, Alain Fuchs, le président du CNRS, avait lui carrément taclé les futurs IRT (Institut de recherche technologique), ces nouvelles structures des recherches mutualisées public-privée. « Je m’étonne de la création des IRT, qui demandent une participation des organismes publics de recherche sans réelle contrepartie. Et je trouve curieux de multiplier les instituts, alors que l’on cherche justement à simplifier le paysage ».

Et l’enfer est pavé de bonnes intentions. « On a créé les SATT, la pour valoriser résultats de la recherche. L’objectif est louable, mais la mise en œuvre plus compliquée, car elle implique l’abandon de certaines souverainetés », reconnaît un des membres du CGI.

Mais il y a pire, que des querelles de chapelle et de périmètre. La mise en place de tous ces nouveaux outils d’innovation entraîne à chaque fois la création de consortium, de fondation ou d’entreprise et son lot de conseils d’administration. « Le président de la conférence des universités devrait à lui seul siéger dans 1 000 conseils d’administration ! », a noté Jean Chambaz, président de l’UPMC, lors d’une conférence du Medef sur les investissements d’avenir. Un autre président d’université faisait lui remarquer toute la frustration générée par les Labex, notamment « On leur a donné de l’argent pour acheter des équipements. Cela a flatté l’ego des équipes de recherche. Mais maintenant, elles viennent me voir pour que je finance le poste du technicien ou de l’ingénieur pour le faire fonctionner ! ».

Et pour les porteurs de projets d’IRT et IEED, c’est un vrai casse-tête. Les deux seuls IRT lancés, ont bénéficié de contextes favorables, préexistants. Nanoelec, à Grenoble, ne fait qu’élargir le périmètre à des recherches en nanoélectronique, mais plus en amont, avec les mêmes partenaires, sans structure ni bâtiments supplémentaires. Quant-à L’IRT Jules Vernes, il a bénéficié de la structuration de la filière aéro, et de l’urgence du précédent gouvernement, qui voulait absolument des résultats tangibles avant les élections, pour tordre un peu le coup aux règles imposées aux IRT. Les autres s’arrachent un peu les cheveux.

Aurélie Barbaux

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