Geneviève Fioraso : « Le levier de la reconquête industrielle, ce n’est pas le coût du travail, mais la compétitivité-qualité ! »

Geneviève Fioraso : « Le levier de la reconquête industrielle, ce n’est pas le coût du travail ! »

Source L’Usine Nouvelle n°3296

 
Geneviève Fioraso -  Ministre de l'Ennseignement supérieur et de la Recherche
© Luc Pérénom – L’Usine Nouvelle

 

La ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Geneviève Fioraso, détaille à L’usine Nouvelle son plan pour participer au redressement productif de la France. Plus que sur le coût du travail, elle souhaite travailler sur la compétitivité-qualité et simplifier le paysage de la recherche. Explications dans cette entretien de rentrée.

L’Usine Nouvelle – Quel bilan tirez-vous de l’effort de recherche et d’innovation qui a été mené en France ces dernières années ?
Généviève Fioraso – Je dissocierais l’action politique de la performance de la France. Remettre l’innovation au coeur des enjeux me paraît essentiel. Élever le niveau de formation et les efforts de recherche est fondamental, mais il ne faut pas se contenter d’effets d’annonce comme l’a fait le gouvernement précédent. Ce sujet mérite que l’on fasse les choses sur le fonds et avec les acteurs. C’est d’ailleurs pour cela que nous allons organiser cet automne les Assises de la recherche. Nous voulons remobiliser les acteurs et leur montrer qu’on leur fait confiance.

Vous êtes-vous déjà fixé des objectifs pour participer à l’effort de redressement du pays ?
Pour nous, le levier de la reconquête industrielle, ce n’est pas le coût du travail comme le pense la droite, mais la compétitivité-qualité, c’est-à-dire tout ce qui touche à l’environnement de l’entreprise au sens large. Notre système social, la qualité de vie française, le niveau de formation, notre capacité d’innovation sont des éléments de cette compétitivité. Et mon ministère a un rôle à jouer dans ce domaine.

Mais, concrètement, allez-vous créer de nouvelles structures pour réveiller l’innovation en France ?
Surtout pas. Je pense au contraire qu’il faut simplifier l’organisation de la recherche. Notre système est impossible à expliquer aux étrangers et il est incompréhensible pour des patrons de PME. Nous devons arrêter de superposer les structures. Pour les instituts de recherche technologique lancés par les investissements d’avenir, on pourrait, par exemple, utiliser les organismes déjà en place plutôt que d’en susciter de nouveaux. Cela s’est d’ailleurs fait à Grenoble avec le CEA.

On a aussi beaucoup de hauts conseils, dont certains n’ont jamais été sollicités. On ne va pas faire les choses brutalement, mais il y a des strates à supprimer. Simplifier, c’est aussi accélérer le temps de gestation des dossiers. Songez que quatre ans après le lancement du plan campus, on n’a pas encore posé une seule pierre ! C’est évidemment beaucoup trop long. Pour corriger cela, je souhaite simplifier les procédures des appels d’offres, surtout pour les PME et les ETI. Nous ferons d’ailleurs des propositions après les Assises de la recherche sur ce sujet.

Faut-il aussi réduire le nombre de pôles de compétitivité ?
Ce que doivent faire les pôles, c’est davantage travailler en réseau. Des têtes de réseau doivent émerger pour faire travailler ensemble les poches d’excellence sur les territoires et être plus visible à l’international. Certains le sont déjà. Cela permet aussi de mieux travailler avec l’Europe. Pendant le dernier programme-cadre de recherche (PCRD), on a eu une telle frénésie d’appels d’offres en France, entre l’ANR, les investissements d’avenir, les pôles, que l’Europe a été délaissée.

La France participe pour 17% au financement du programme-cadre européen mais n’a décroché que 11,2% des subventions. Ce n’est pas normal. Pas seulement parce que l’on ne récupère pas sa mise, mais aussi pour des questions d’ouverture. Quand on participe à un projet européen, on s’ouvre à une autre culture.

Cela veut dire que, petit à petit, on conforte l’Europe de la recherche. Et c’est important pour exister face aux pays émergents et face aux États-Unis. C’est un des leitmotivs que je veux marteler auprès des chercheurs : soyez Européens.

Qu’allez-vous proposer aux entreprises ?
Après la simplification et l’Europe, le troisième volet du plan, sur lequel je travaille avec Fleur Pellerin et Arnaud Montebourg, sera dédié à l’innovation et à la recherche technologique. C’est-à-dire à des inventions immédiatement transférables à l’industrie comme celles que développent le CEA ou l’Inria. Nous nous sommes rendu compte que ce type de recherche ne représentait que 4% de la recherche française, alors qu’elle pèse quasiment 30 % aux États-Unis.

Pour pousser les feux sur la recherche technologique au niveau national et la rendre visible aux PMI, nous annoncerons un dispositif dans le courant de l’automne. Cela fera partie du plan de reconquête industrielle. Et on s’appuiera sur ce qui marche aujourd’hui à Saclay, Toulouse ou Grenoble. Le bâtiment des industries intégratives, mis en place par le CEA à Grenoble, est une bonne pratique à déployer. C’est une plate-forme, une sorte de showroom qui expose par thématique les différentes utilisations possibles d’une technologie. L’intérêt c’est que l’industriel bénéficie d’une véritable ingénierie, d’un accompagnement pour réussir le transfert.

Y aura-t-il un nouveau fonds unique interministériel (FUI) pour les pôles de compétitivité ?
Je souhaite que les pôles accompagnent davantage les PMI-PME. Et que l’on n’aille pas au-delà d’une masse critique dynamique qui fédère et ne travaille pas à leur place. Les Régions sont déjà très actives dans le financement, et si on attire d’avantage d’entreprises il y aura d’avantage de cotisations. Concernant le FUI, sa suppression n’est pas tranchée. C’est quelque chose qui se regarde en ce moment. Mais il faut éviter sa lourdeur. Je suis pour une labellisation au fil de l’eau, pas au bout d’un an. Il faut une structure moins administrative et plus réactive.

Allez-vous réformer le crédit impôt recherche (CIR) ?
L’élargissement de son assiette en 2008 a été une bonne chose. On peut se dire qu’il ne faut pas que ce dispositif dépasse les 5 milliards d’euros actuels, mais nous ne voulons pas le remettre en cause. Ceci dit, il représente un effet d’aubaine pour certaines grandes entreprises, comme l’ont montré la Cour des comptes et le rapport du sénateur Michel Berson. Nous souhaitons que le CIR bénéficie davantage aux PME-PMI innovantes et de croissance, les EIC, et surtout aux ETI. Nous voulons mettre fin aux abus en concentrant les contrôles fiscaux sur les SAS mises en cause.

Êtes-vous favorable à une modulation du taux ?
Ce point n’est pas encore tranché. C’est une des hypothèses du rapport Berson, mais je n’ai pas compris que cela recueillait un enthousiasme délirant.

Propos reccueillis par Aurélie Barbaux et Thibaut de Jaegher

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