Assises de l’enseignement supérieur, Georges Debregeas, chercheur au CNRS : « Je n’ai aucun espoir sur ces Assises »

source : enseignementsup.blog.lemonde.fr

Propos recueillis par Nathalie Brafman

Assises de l’enseignement supérieur, Georges Debregeas, chercheur au CNRS : « Je n’ai aucun espoir sur ces Assises »

Les premières auditions des Assises de l’enseignement supérieur et de la recherche ont eu lieu du 27 au 31 août. Au total, 53 acteurs ont été entendus par le comité de pilotage. Trente-cinq autres auditions sont prévues les 17 et 18 septembre.

Chercheurs, enseignants-chercheurs, présidents ou anciens présidents d’université, ancien ministre, maître de conférence, syndicalistes… nous avons voulu connaître les attentes de la communauté universitaire. A chacune de ses composantes, nous avons posé la même question : Qu’attendez-vous de ces Assises ? Nous les avons interrogés sur les trois points phares des Assises (la réussite des étudiants, la gouvernance et l’organisation de la recherche) tels que les a définis Geneviève Fioraso, ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche. Bien sûr, ils ont eu entière liberté pour aborder d’autres points.

Georges Debrégeas, physicien, chercheur au CNRS.

Ancien vice-président de l’association Sauvons la Recherche, il avait vivement combattu la mise en place de la LRU. S’il reconnaît que dans la forme, le nouveau ministère est meilleur, que le ton a changé, il estime que le moment est mal choisi. « Nous pourrons discuter, c’est vrai. Mais dans une telle contrainte budgétaire que cela n’a pas de sens ».

« Je n’ai aucun espoir sur ces Assises. Je pense que le souhait du ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche c’est tout simplement : faisons en sorte que ce qui a été mis en place par le précédent gouvernement fonctionne. La présence de Lionel Collet (ex-président de la CPU – conférence des présidents d’université) comme directeur de cabinet de Geneviève Fioraso, et d’autres ex-présidents d’université, Daniel Filâtre ou encore Jacques Fontanille augurent d’une certaine continuité.

S’il y avait une vraie volonté de bouger, alors avant même la tenue de ces Assises, on aurait pu imaginer un moratoire sur les huit Idex (initiatives d’excellence qui doivent conduire à la création de huit méga-universités) signés dans l’urgence. On aurait pu aussi imaginer de suspendre l’activité de l’Aeres [cette agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur est très critiquée]. C’est une agence de notation et non d’évaluation. Elle ne donne aucune solution pour que cela aille mieux. Il faut que les structures de recherche s’évaluent elles-mêmes. Le CNRS évalue ses laboratoires. Les universités devraient avoir les moyens de s’évaluer quitte à faire appel à des gens extérieurs.
Enfin sur les budgets de recherche, on aurait pu imaginer un transfert de l’ANR (agence nationale de la recherche) créée en 2005 pour distributer des fonds par appels à projets vers les universités et les organismes de recherche.

Les universités sous le contrôle des universitaires

Telle qu’elle existe, la gouvernance des universités n’est pas bonne. Nous sommes dans un fonctionnement à l’ancienne où la direction concentre beaucoup trop de pouvoirs. Or, l’université doit être sous le contrôle des universitaires. Il est donc nécessaire qu’ils soient aux postes de direction et donc au conseil d’administration.
L’une des grandes idées pour réformer la gouvernance des universités serait de créer des sénats académiques, comme dans les universités anglo-saxonnes. Si c’était le cas, alors on déciderait que la gestion de l’université échappe aux universitaires et qu’elle est confiée à des gestionnaires. C’est exactement ce que voulait faire le précédent gouvernement avec la LRU.

Menaces sur l’emploi 
Annoncer des Assises au moment où l’on annonce des perspectives budgétaires catastrophiques est un non sens. Pour l’instant, la baisse de 2,5% pour les opérateurs de l’Etat -tels que le CNRS- n’a pas été démentie. Or, 2,5%, c’est environ 1 000 emplois en moins par an. Et il existe aujourd’hui quelque 40 000 emplois précaires dans les universités et dans les organismes de recherche. Or, il n’y aura plus d’argent pour les payer. Il ne fallait pas accepter la rigueur.

Si les Assises constatent que les universités sont dans une situation budgétaire catastrophique, elles vont aussi constater que les Fondations privées sont un échec. Alors, s’il n’y a ni ressources publiques, ni ressources privées, la seule solution qui reste ce sont les étudiants. Une de mes grandes craintes est que les Assises arrivent à ce constat: c’est la crise, on peut faire payer les étudiants. Ce discours est mûr aujourd’hui. Nous sommes dans la configuration historique où cela peut se passer. Rappelez-vous ce qu’a fait Tony Blair en Grande-Bretagne. C’est lui qui a augmenté les frais d’inscription. Et à l’époque, il n’y a eu aucune révolte.
En France, Terra Nova et l’institut de l’entreprise tiennent aussi ce discours.
Le gouvernement actuel pourrait être tenté de le faire en le vendant comme une politique de justice sociale : la rigueur juste c’est faire payer ceux qui en ont les moyens.

« Dégager l’ANR ! » et sortir de la précarité les CDD
L’ANR est un système qui par nature produit de la précarité. Avant, la structure de base, c’était le laboratoire. Aujourd’hui, chaque équipe agit de manière autonome et répond à des appels d’offres pour obtenir de l’argent qui provient de l’ANR. Cette agence distribue de l’argent à une équipe dans un labo ou même à un seul individu. C’est le type de fonctionnement qui casse le principe même d’un laboratoire. Une équipe peut avoir beaucoup d’argent et travailler et une autre au sein d’un même laboratoire n’aura rien. L’ANR, c’est le mandarinat dans ce qu’il a de plus terrible, elle détruit les laboratoires et les organismes. On se retrouve à quémander l’essentiel de nos fonds.
Alors évidemment, il y aura des ajustements mais ce n’est pas la peine de faire des Assises pour cela.

 

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