Colloque IFFRES 2012 – discours d’introduction de Max Anghilante

« LA CRISE, UNE OPPORTUNITE POUR LES FONDATIONS DE RECHERCHE ET DE L’ENSEIGNEMENT SUPERIEUR ? »

Introduction Générale – Max Anghilante 

Bonjour à toutes et à tous, bienvenus à ce troisième colloque de l’IFFRES dédié cette année à « La crise , est-elle une opportunité pour le mécénat et les fondations de recherche et de l’enseignement supérieur ? »

Face à cette question, m’est venue à l’esprit ce que disait Keynes : « La difficulté n’est pas de comprendre les idées nouvelles, mais d’échapper aux idées anciennes ».

La crise actuelle a été déclenchée par les « subprimes » aux Etats-Unis.

L’effet de contagion lié aux caractéristiques du système financier mondial a rendu cette crise mondiale.

De la dette privée, le problème s’est transformé en problème de la dette souveraine des états car ce sont naturellement ces états, déjà très endettés, qui ont assuré la survie du système bancaire en s’endettant davantage.

Mais cette cascade d’évènements n’est que le processus de déclenchement d’une transformation mondiale radicale et profonde d’un système ayant des faiblesses structurelles et des tensions internes préalables.

Qui pourrait affirmer qu’au terme de la lente explosion du système économique, le monde (et tout particulièrement l’Europe) retrouvera un visage semblable au passé d’avant la crise ?

A la mutation économique induite par la mondialisation s’ajouteront d’autres sources de perturbations ou de déséquilibres qui agiront aussi  sur la dynamique des changements :

  • l’impact des mutations dues au changement climatique (car on voit se dessiner l’échec d’une concertation mondiale suffisante pour en limiter l’ampleur)
  • l’impact des dynamiques démographiques, accroissement des populations, accroissement de l’urbanisation
  • l’impact des conflits régionaux traduisant un réveil des rivalités historiques

Que peut le politique, en France, face à ces périls ?

  • Rechercher les dispositions et les mesures ayant un effet quasi immédiat. Le rapport de Louis Gallois sur la compétitivité de l’industrie française et le pacte national pour la compétitivité, la croissance et l’emploi qui en dérive illustrent bien ce problème. A des causes qui ont accumulé des effets pervers durant des décennies on répond par un dispositif (20Md€ par an) destiné à corriger le mal sans délai.
  • Concentrer les actions à long terme dans les domaines considérés comme les plus prometteurs. Suite aux travaux de la Commission Juppé-Rocard, le programme d’investissements d’avenir s’appui sur une enveloppe globale de 35 milliards d’euros mais dont les engagements s’étalent sur de nombreuses années. L’avenir économique de la France y passe par 5 priorités stratégiques sur lesquelles les investissements d’avenir concentrent leurs moyens : l’enseignement supérieur et la formation, la recherche, les filières industrielles et les PME, le développement durable, le numérique.

Les investissements d’avenir identifient la recherche et l’enseignement supérieur comme un des vecteurs principaux de l’action à moyen terme pour améliorer les résultats économiques grâce à l’innovation.

Les Assises de l’enseignement supérieur et de la recherche qui ont été lancées le 11 juillet dernier abordent trois objectifs prioritaires complémentaires tournés vers des objectifs réalisables à (plus) court terme : la réussite des étudiants, notamment en premier cycle, la réorganisation de la recherche et la révision de la gouvernance des établissements et des politiques de sites et de réseaux.

Dans le contexte d’une action gouvernementale renforcée, dont les investissements d’avenir et les Assises de l’enseignement supérieur et de la recherche sont les leviers plus visibles, sinon les plus lisibles, quelle peut être la place et le rôle de l’IFFRES ?

L’IFFRES en tant que lieu de dialogue et de rencontre des acteurs impliqués dans la création et dans le développement de fondations de recherche et d’enseignement supérieur a pour principal atout la connaissance des besoins, des pratiques, des réussites et des échecs dans le domaine.

Il en résulte une vision concrète de ce que peuvent apporter les Fondations, en particulier dans les domaines d’action où les approches « Top-Down », construites à partir d’une vision centralisée des problèmes se heurtent aux difficultés de mise en œuvre opérationnelle.

Après quatre années d’activités, l’IFFRES peut tirer un premier bilan de son action et de la situation actuelle des Fondations de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur.

Notre constat initial -que le centralisme est excessif en France, qu’il constitue souvent, malgré ses qualités propres, un obstacle à des évolutions vers plus d’efficacité, plus de synergies, plus de dialogue entre le monde de l’enseignement Supérieur et de la Recherche et le monde économique – est plus que jamais d’actualité.

L’intervention de l’état va croissant dans la période actuelle, en particulier à cause de l’obligation de trouver de nouvelles ressources fiscales. En résulte toujours plus de complexité ( 7 types de fondations dans notre domaine par exemple) et plus récemment une chasse aux niches fiscales qui fragilise le mécénat et les relations partenariales. Alors qu’il nous faut établir des relations durables.  Cela réduit nécessairement l’espace laissé aux initiatives alternatives, nées de nouvelles pratiques et de nouveaux paradigmes. Initiatives, en période de crise, d’autant plus nécessaires.

Notre premier constat est qu’il est plus que jamais utile de construire un espace où les Fondations de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur puissent:

  • Échanger et partager leurs pratiques,
  • Mutualiser des travaux d’intérêt partagé, et
  • Réfléchir à leur utilité, à leurs raisons d’être, à leurs stratégies et à leur évolution.

Rappelez vous, en 2004 il y avait 250 fondations dédiées en partie ou en totalité à la recherche et l’enseignement supérieur. Avec les fonds de dotation, il y en a aujourd’hui plus de 700 (hors les fondations sous égide de l’Institut de France). Toutes sont en recherche de ressources. Très rares sont celles, à l’exception des fondations d’entreprise, créées par des mécènes et réellement dotées.

Or donc, l’IFFRES peut jouer ce rôle et invite les Fondations de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur à le rejoindre en nombre pour lui conférer une réelle représentativité sur laquelle s’appuyer pour convaincre les entreprises de contribuer à une réflexion globale C’est notre premier enjeu à court terme.

Car, c’est notre deuxième constat : il est plus que jamais nécessaire de créer les conditions d’un dialogue constructif entre les Fondations de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur et le monde des entreprises pour :

  • Identifier les domaines d’actions prioritaires pour les entreprises
  • Identifier les niveaux de ressources réellement atteignables (y inclues de possibles recettes d’activité)
  • Identifier les contraintes de gouvernance des projets et des structures.

Les entreprises sont  trop sollicitées par de multiples demandeurs qui se concurrencent de façon stérile. Elles ont tendance à réduire à minima leurs engagements, devant cet excès de demandes financières, et ce d’autant que les difficultés de la période économique actuelle les y incitent.

La contribution des entreprises ne peut et ne doit pas se limiter à un apport de fonds.

Il est essentiel que les liens que les Fondations établiront entre Enseignement Supérieur et Recherche et monde économique soient le résultat des intérêts communs et des valeurs partagées, que les fondations soient les porteuses de projets conçus et réalisés ensemble.

Nous construisons trop de mur et pas assez de ponts disait Isaac Newton. Il est temps que les fondations construisent ou soient ces passerelles entre la recherche et l’enseignement supérieur et le monde socio-économique.

Ce sera ma conclusion pour aujourd’hui.

Je terminerai en vous remerciant tous de votre contribution aux débat et en remerciant tout particulièrement les membres du CA de l’IFFRES, les membres du Club des Amis de l’IFFRES, les animateurs de nos think tanks, nos bénévoles et l’équipe IFFRES et bien sur nos partenaires grâce auxquels ce colloque a lieu.

Je citerai Jean-Louis Lacombe, Antoine Vaccaro, Jean Deregnaucourt, Florie Weber-Faulet, Marie-Blandine Prieur, Charles Pourreau. Tous les autres m’excuseront, la liste est longue.

Bon colloque à tous.

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