La gestion hasardeuse de la Fondation Hospitalière Sainte-Marie, les plaintes s’accumulent.

Source : www.lepoint.fr

La gestion hasardeuse de la FHSM

Médecins, patients, élus, anciens employés…, les plaintes s’accumulent contre la fondation médicale parisienne.

Photo d'illustration - Les critiques pleuvent sur la gestion de la Fondation hospitalière Sainte-Marie.Photo d’illustration – Les critiques pleuvent sur la gestion de la Fondation hospitalière Sainte-Marie. © Combet / Maxppp

« L’éthique, je n’en parle pas, mais j’essaie de l’appliquer. Ceux qui en parlent trop, faut se méfier. » Contacté par Le Point.fr, cet ancien employé du Centre médical Paris Sud ne s’étendra pas très longtemps au téléphone. « Pas de stratégie d’avenir, une chaîne décisionnelle pas compétente. C’est un vrai gâchis. Pour moi, certains niveaux de médiocrité sont déjà une faute », lâche-t-il. En cinq ans, la Fondation hospitalière Sainte-Marie (une fondation privée d’utilité publique) a considérablement diversifié ses activités. Trop, peut-être. À tel point que la gestion aussi bien des établissements qu’elle a sous sa coupe que des services qu’elle propose est souvent critiquée. La FHSM gère aujourd’hui le Centre Paris Sud, anciennement centre Sainte-Marie, et plusieurs autres centres de rééducation dans la région parisienne. Elle a également étoffé ses offres d’hébergement et gère des établissements d’accueil pour personnes âgées. Enfin, son pôle maintien à domicile est composé d’un service d’infirmières et de personnel d’aide à domicile.

La fondation se développe « sans consolider l’activité des établissements, et donc en ne répondant que partiellement aux missions de service public qu’elle s’engage à remplir », affirme au Point.fr une personne haut placée dans la fondation. L’atteste un procès en mars dernier intenté par la FHSM contre la Caisse primaire d’assurance maladie (CPAM). La CPAM affirmait qu’elle avait « réglé des actes à des infirmiers libéraux, alors même que la fondation avait ces patients en charge. […] Ces remboursements n’auraient donc pas dû avoir lieu et l’Assurance maladie n’avait pas à en supporter le coût. » Facture : 26 017,99 euros. Mais devant le Tribunal, la FHSM n’est pas condamnée. Le jugement, en date du 29 août 2012, relève que « le comportement fautif de la fondation n’est pas établi ». Que les actes médicaux accomplis par les infirmières libérales se sont faits à l’insu de la Fondation*.

Services en décadence

C’est également la qualité des services hospitaliers qui est décriée par les professionnels des différents établissements. En juin 2011, un médecin, débordé par la charge de travail, dénonce sa condition dans une note interne au service : « J’ai régulièrement fait des heures supplémentaires afin qu’il n’y ait pas d’accident dans le service », s’énerve-t-il. Avant d’affirmer que sa supérieure est « largement au courant que la charge colossale de travail ne peut être assurée par un seul médecin ». Et, toujours au sujet de sa supérieure, il rappelle qu’elle « est extrêmement peu présente dans le service », qu’elle « ne passe que quelques heures par mois ». Ce récit n’est pas isolé. Un autre médecin, qui travaillait dans un centre pour déficients visuels, témoigne lui aussi. « Lorsque le centre a été repris par la FHSM, ça s’est gâté. Il y avait 34 lits disponibles. Dans les premiers mois de gestion de la fondation, à peine la moitié était utilisée. Aujourd’hui, on m’a dit que le service avait été diminué à 22 lits », déplore-t-il.

Une gestion hasardeuse qui n’est évidemment pas sans répercussions sur les patients. « Plus de 20 réclamations parviennent chaque mois, relatives à la mauvaise qualité des prestations », soutient un responsable. Les plaintes sont édifiantes. Elles concernent très souvent les services d’infirmières et d’aide à domicile. Et elles soulèvent les mêmes problèmes : retard, absence, vols, doubles de clés perdus. La gestion désastreuse des plannings est récurrente. Peu à peu, les plaintes commencent à faire du bruit. En juin 2012, Yves Jégo, député radical, est averti par une patiente. Il adresse alors un courrier à la fondation lui demandant de mieux se pencher sur son cas. Le maire de Champeaux, Yves Lagües-Baget, a lui aussi de mauvais retours de la part de ses administrés. Il s’en inquiétera également auprès de la fondation. La direction des personnes âgées et adultes handicapés de Seine-et-Marne se saisira, durant tout l’été, d’un certain nombre de situations, allant jusqu’à se poser des questions sur la « qualification des intervenants ».

Une éthique discutable

D’après un employé, la Fondation hospitalière Sainte-Marie joue beaucoup avec son image, qui n’est apparemment pas si reluisante. « La chambre seule est facturée 60 euros par jour et il y a une majorité de chambres individuelles dans le Centre Paris Sud. Cela ne colle pas avec le message accès aux soins pour tous que la fondation tente de véhiculer », témoigne l’employé. Avec un tarif aussi élevé, les patients ne peuvent pas toujours se faire rembourser l’intégralité des frais par leur mutuelle. Interrogé par Le Point.fr, l’employé va plus loin et n’hésite pas à nous faire part d’économies faites en « sélectionnant les bons patients, ceux qui ont une charge en soins la moins importante ».

Et l’employé de dénoncer un fonctionnement « constamment sur le fil de la légalité ». Dans le procès-verbal d’une réunion du conseil d’administration d’avril, que Le Point.fr a pu consulter, un subterfuge est mis en place pour cacher une partie du déficit des services d’aide à domicile. La fondation utilise les excédents dégagés par les soins infirmiers à domicile pour combler le trou : en langage comptable, il s’agit d’un retraitement. « Le déficit global de ces services est en réalité de 762 000 euros, et ce n’est qu’après avoir bénéficié des retraitements qu’ils présentent un résultat déficitaire limité à – 12 000 euros », peut-on lire sur le document. « Ce n’est pas très légal », fait remarquer à un collègue une membre de l’équipe de direction. « Si ce P-V doit, pour une raison quelconque, être diffusé, le retraitement apparaît clairement. Je ne voudrais pas que cela vienne nous mettre en difficulté », ajoute-t-elle. Bien vu.

Droit de réponse

« Dans un article au titre accusateur, La gestion hasardeuse de la Fondation hospitalière Sainte-Marie, publié samedi 24 novembre, vous mettez gravement en cause notre fondation. Après une première réaction où se sont mêlées l’incompréhension et une profonde colère de l’ensemble des équipes, nous tenons à exercer notre droit de réponse à votre article. Une rencontre avec l’auteur du présent article a été sollicitée afin de rétablir les faits et de clarifier les enjeux du secteur. »

NDLR : un entretien a eu lieu avec David Viaud, directeur général de la Fondation hospitalière Sainte-Marie. Ses réponses et son point de vue sur cette affaire sont disponibles sur Le Point.fr.

* Erratum : Le Point.fr avait dans un premier temps affirmé que la fondation avait été condamnée par le tribunal, il s’agit d’une erreur.

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Une réponse à La gestion hasardeuse de la Fondation Hospitalière Sainte-Marie, les plaintes s’accumulent.

  1. ADJADJA jeanne dit :

    Bonjour, Pour avoir eu mon conjoint dans cet établissement à la suite d’un AVC, je peux confirmer suite à des faits étonnants que l’image est plus dominante que l’objet réel et la vocation de cet établissement. Farandole du personne soignant, mauvaise connaissance des résidents, peu d’écoute, peu de professionnalisme. Un personnel à la limite odieux et ne disposant pas d’écoute. Machine à sous, usine à résidents, et à part le personnel de rééducation qui peut se distinguer des autres , manque de savoirs, notamment savoir être et peu d’implication du personnel car peu d’intérêt concernant les pathologies…… Dommage !!!! il faut juste avoir la chance divine pour survivre à toutes ces pratiques peu humaines.

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