Pour Geneviève Fioraso, les Instituts Carnot doivent s’organiser en filières

L’approche par filière est-elle soluble dans la valorisation ?

Par Aurélie Barbaux – L’Usine Nouvelle

Global Bioenergies

Poussées par les Etats généraux de l’industrie, organisés en comités par une conférence nationale de l’industrie, transformée en Conseil national de l’industrie par le gouvernement Ayrault, les filières seraient la bonne approche, presque la formule magique pour un redressement productif basé sur l’innovation.

D’ailleurs, dès novembre 2012, dans la 10e de ses « 15 mesures pour favoriser le transfert technologique », Geneviève Fioraso demandait, pour soutenir les initiatives en faveur du transfert à destination des PME/PMI, aux 34 Instituts Carnot (laboratoires publics qui s’engagent à multiplier les contrats avec le privé) de s’organiser par « filière de demande économique », d’ici à l’été 2013.

Message reçu. Les Instituts Carnot, se sont réunis en séminaire les 6 et 7 février pour « élaborer un plan d’action » afin de s’organiser en « 10 filières de demande économique » : aéronautique, automobile, filière agro-sourcée, construction, énergie/éco industrie, environnement/éco industrie, industrie et technologie de santé, chimie et matériaux, mécanique et précédés, TIC.

Une carotte de 150 millions d’euros

Ils se sont même fendus d’un communiqué de presse. On les comprend. Car ce sont quand même 150 millions d’euros des investissements d’avenir réorientés vers ce programme qui sont en jeu. Un sacré booster. « On a eu une demande explicite du gouvernement nous demandant ce qu’on pouvait faire pour passer à la vitesse supérieur vis-à-vis des PME, explique Alain Duprey, directeur général de l’Association des instituts Carnot. Aller plus vite certes, mais ce n’est pas une mince affaire ». Car, selon lui, la demande d’organiser le transfert technologique vis-à-vis de PME « est récurrente depuis 20 voire 30 ans ». Et si les Carnot semblent désormais le bon véhicule pour le faire, s’ils ont déjà augmenté de 21 % leurs contrats avec les PME, il reste beaucoup à faire pour ouvrir les postes des laboratoires publics aux petites et moyennes entreprises. Le sésame serait donc dans l’approche par filière.

Mais ce n’est pas gagné, car la notion même de « filières de demande économique » interroge. Normalement, une filière couvre des entreprises qui ont des liens d’interdépendance plutôt verticaux entre elles (comme dans l’aéronautique, toujours cité en exemple). Pour Alain Duprey, rien de tout ça. Il entend le terme au sens large, c’est-à-dire, comme des secteurs industriels, couvrant un ensemble d’acteurs présents sur un marché. Soit. Mais le découpage proposé ne risque-t-il pas soit d’opérer des doublons, soit de trop segmenter l’offre ? Les solutions de mesures (capteurs) nécessaires à l’énergie/éco industrie, sont-elles si différentes de celles qui pourraient servir à la filière Environnement/éco-industrie ?

Trop de technocratie

Et surtout, il reste encore six mois pour s’interroger sur la meilleure façon d’entrer en contact avec les 1 500 ETI françaises (la vraie cible, car avec les PME c’est encore plus compliqué) filière par filière. N’est-ce pas un peu long ? Car à ce stade, hormis les 10 filières, rien n’est défini. Si ce n’est, peut-être, que les pôles de compétitivité seront les points d’entrée privilégiés. Mais les ETI et PME membres, sont déjà dans une démarche d’innovation avec le secteur public. Ce ne sont pas elles qu’il faut toucher. Mais les autres.

Et puis à peine formulée, la démarche des Carnot par filière est déjà torpillée. Car certains Carnot, ceux issus du CEA mis à part, organisent eux directement le transfert technologique, via des plates-formes physiques (showrooms de démo et accès à des équipements) à Bordeaux, Nantes, Toulouse et Nancy (après celle de Grenoble), a priori transverses, puisque les trois grands laboratoires du CEA, List, Léti et Liten, couvrent autant les filières TIC, aéronautiques, robotique, santé… On veut bien que « l’approche soit complémentaire » mais en termes de lisibilité… cela ne va rien simplifier.

Aurélie Barbaux

Source L’Usine nouvelle

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