De l’intérêt de recruter des littéraires au sein des entreprises

DelphineJouenne

LE CERCLE. Halte aux idées reçues, le rôle des littéraires au sein des entreprises doit être valorisé, dans un monde formaté qui tente de se réinventer. Oui, les formations littéraires en entreprise peuvent être de vrais atouts !

Non, un étudiant en sciences humaines n’est pas incompétent en entreprise. Il a tout autant conscience, si ce n’est plus, du monde qui l’entoure et de la sphère économique dans laquelle il évolue. Il est capable de s’adapter et d’offrir une autre vision de son travail au sein de l’entreprise. Cependant, rares sont les recruteurs et les dirigeants capables d’appréhender ce type de profil, souvent dédaigné dans le cadre d’un recrutement. Les formations en sciences humaines offrent un fort esprit d’innovation dans un monde de plus en plus formaté. Les entreprises ont tendance à vouloir recruter des profils « écoles de commerce », estimant que ces esprits sont les plus à même de pouvoir « rentrer dans le moule » en étant très vite opérationnels. Or, dans une économie qui se cherche, le renouveau ne pourra se faire que par le recrutement de profils différents, ayant la capacité de proposer des idées neuves.

Non, recruter un étudiant en sciences humaines ne nécessite pas un temps d’apprentissage plus long que pour un autre étudiant. Certes, l’entreprise a besoin de profils très vite opérationnels, mais ce n’est pas parce que l’on sort d’une grande école que l’on est plus armé pour affronter le monde de l’entreprise. L’étudiant en sciences humaines a l’habitude d’analyser, d’écouter, de comprendre son environnement au regard de sa connaissance des civilisations. Conscience de la place de l’homme au sein de l’entreprise. Sa valeur ajoutée, son développement, ne reposent pas uniquement sur des rouages économiques et financiers. Dans un monde gouverné par la finance dont on voit aujourd’hui les limites, les formations littéraires offrent une approche managériale différente, valorisante, qui favorise la motivation des salariés à travailler ensemble à la croissance et au développement d’une structure.

Confrontée au court-termisme, l’entreprise est soumise aux retours sur investissement rapides, aux bilans trimestriels. Or, connaître l’histoire des civilisations, de leur évolution, de leur déchéance, de leur renouveau, fait apprécier à sa juste valeur la place de l’homme au sein du système. La conscience du poids de l’histoire et de la fragilité humaine et entrepreneuriale, la perception différente du temps qui passe et donc de la mise en œuvre de la croissance à l’échelle de l’entreprise, sont de sérieux atouts qu’offre un littéraire et qui peuvent manquer aux formations économiques.

Non, un étudiant en sciences humaines n’en a pas moins les pieds sur terre. La réflexion dont doit faire preuve un étudiant de sciences humaines ne l’empêche pas de comprendre la réalité dans laquelle il vit. Il a d’autant plus de recul sur le monde qui l’entoure qu’un autre étudiant. Ce n’est donc pas un rêveur malgré ce que l’on peut penser. Les études en sciences humaines demandent le développement d’une forte capacité d’analyse. Or, il est essentiel, pour prendre les bonnes décisions, d’apprécier les risques, de replacer une situation dans un contexte donné. Un esprit formaté aux sciences humaines ne fera pas l’économie de ce temps nécessaire à une prise de décision efficace et constructive.

Oui, la capacité de persuasion et de négociation est un élément clé de la formation en sciences humaines. Il faut avoir conscience du poids des mots, de leur sens et de leur histoire, pour savoir mieux que quiconque les utiliser. L’entreprise a un actif dont elle doit prendre soin et qui est incorporel : son image. Celle-ci repose sur ses messages, son président, sa communication et donner un positionnement, un sens passe par le langage et les mots. Un esprit éduqué aux sciences humaines n’en a que trop conscience et maîtrise parfaitement ce pouvoir qui lui est donné pour « capter la bienveillance ».

Alors, chefs d’entreprise, faites un pas vers les littéraires !

Source Le Cercle Les Echos

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