"Les villes moyennes doivent conserver leur université" Christian Pierret

Alors que l’Assemblée nationale examine le projet de loi sur l’enseignement supérieur, Christian Pierret, le président de la Fédération des villes moyennes, souligne que l’accessibilité territoriale aux études est un gage d’égalité des chances et de compétitivité.

Surpris de voir ses grands champions en fin de liste des classements universitaires internationaux, notre pays s’est engagé depuis quelques années dans l’émergence de « majors » de l’enseignement supérieur. Cette obsession de l’excellence a masqué le grand défi du système français. La veille de l’examen du projet de loi enseignement supérieur recherche (ESR), il est indispensable de le rappeler.

Ce défi repose sur la capacité de la France à former un maximum d’étudiants au niveau le plus élevé, car nous savons que dans les prochaines années plus de la moitié des nouveaux emplois créés exigeront une formation supérieure. Y parvenir, c’est répondre aux enjeux des entreprises, de l’innovation, de la recherche. C’est enfin favoriser l’emploi, car un diplôme du supérieur réduit de plus de moitié les risques d’être au chômage. La France peut relever ce défi en remplissant une condition sine qua non : garantir aux bacheliers une véritable accessibilité territoriale aux formations supérieures.

Pour ce faire, il faut penser local et former à proximité. Voir la carte de France des sites d’enseignement supérieur des villes moyennes permet de comprendre cet enjeu de proximité. A l’opposé des grandes universités, en concurrence et inégalement réparties, ces structures à taille humaine travaillent en coopération et tissent un maillage dense à travers tout le pays.

On sait que l’accessibilité territoriale conditionne l’accessibilité économique aux études. L’enseignement supérieur de proximité, c’est la garantie pour les étudiants et leur famille d’un coût de la vie largement inférieur à celui des grandes villes universitaires, qu’il s’agisse du logement, de l’alimentation, des déplacements … Les chiffres le prouvent : plus de 30% des boursiers ont choisi d’y poursuivre leurs études. Ce taux atteint plus de 50% dans certaines villes moyennes.

L’enseignement supérieur et la recherche dans les villes moyennes, ce sont 264 sites (19 universités de plein exercice) et 126 antennes universitaires. Ce sont près de 20% des étudiants français. C’est aussi un enseignement de qualité, le taux de réussite y étant supérieur de 10% à 15% à la moyenne nationale. Avec des débouchés importants puisque dans les IUT de ces villes 90% des jeunes diplômés ont un emploi deux ans après leur sortie !

Pourtant, des interrogations existent quant à l’évolution de ce modèle après la publication du projet de loi ESR. En particulier s’agissant des modes de regroupement proposés et du choix d’un chef de file régional à la clef. Le texte précise : « La politique territoriale de coordination est organisée par un seul établissement d’enseignement supérieur pour un territoire donné. » Qu’adviendra-t-il quand une structure, installée dans une ville moyenne très loin de l’établissement chef de file ou en concurrence avec lui, sera menacée ? Rien n’assure que les universités, les antennes et les sites des villes moyennes ne fassent pas les frais d’une réorganisation territoriale pensée au profit principal du chef de file régional. Sur ce point, la ministre doit encore convaincre les élus des collectivités en permettant, c’est une exigence, leur participation aux instances décisionnaire.

Par ailleurs, nous sommes beaucoup à penser qu’il faut généraliser la possibilité pour ces établissements de mettre en phase leurs formations avec les besoins spécifiques de l’économie locale, dont ceux des entreprises pour conduire à l’emploi. Avec un but : donner une vraie place à l’innovation au profit de la croissance et à l’expérimentation pédagogique.

En favorisant l’accessibilité territoriale et économique de l’enseignement post-bac, les universités, les sites et antennes des villes moyennes remplissent un rôle clef dans l’égal accès de tous aux formations. La démocratisation de l’enseignement supérieur est littéralement et largement portée par les villes moyennes. A l’avenir, nos communes et intercommunalités veulent poursuivre cet engagement. La très grande majorité s’implique déjà dans la création de logements étudiants, l’élaboration de schémas locaux d’enseignement supérieur, le financement de postes d’enseignants, la réalisation d’études de satisfaction auprès des étudiants, l’accompagnement de formations en lien avec leurs orientations économiques …

Pour dépasser l’objectif de 50% d’une classe d’âge diplômée du supérieur d’ici 2020, le gouvernement doit s’appuyer sur cette force de proximité et ce vecteur d’égalité républicaine. Voilà le sens positif que devraient prendre les débats et les amendements lors de l’examen du projet de loi ESR au Parlement. C’est à cette condition que notre pays conciliera l’impératif de l’égalité des chances avec celui de la compétitivité internationale.

Tribune parue dans le quotidien Le Figaro du mardi 21 mai 2013.

Source christianpierret.net

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