Gilles Craspay, de la FVM : « Sans les villes moyennes, l’ambition de la loi sur l’enseignement supérieur est irréaliste »

Le 9 juillet 2013, l’Assemblée nationale a adopté définitivement le projet de loi relatif à l’enseignement supérieur et à la recherche (ESR), après passage en commission mixte paritaire. A côté des régions qui montent en puissance, les villes moyennes s’estiment perdantes. Entretien avec Gilles Craspay, adjoint à l’éducation et à la jeunesse, à Tarbes (Hautes-Pyrénées), et membre de la Fédération des villes

Source lecourrierdesmaires.fr

Gilles Craspay, adjoint au maire de Tarbes en charge de l’Education-Jeunesse, directeur de l’association du centre universitaire Tarbes Pyrénées (CUTP), membre actif de la FVM sur les questions d’ESR, explique pourquoi la loi ESR inquiète et mécontente la Fédération des villes moyennes.

Le Courrier des maires : Etes-vous satisfait de la version définitive du texte de loi ESR ?

Gilles Craspay. Personnellement, non. Le texte a fait l’objet de nombreuses discussions pour donner à l’ESR une visibilité internationale, ce qui privilégie les grands sites, la recherche de haut niveau, l’enseignement supérieur des universités déjà les mieux loties en la matière, etc. En revanche, la diffusion territoriale, qui aurait concernée le rôle des villes moyennes, a été peu travaillée.

La loi impose désormais aux régions de se doter de schémas régionaux de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation (SRESRI) et de prendre en compte pour cela les schémas locaux. Cela ne constitue-t-il pas une avancée ?

G. C. Cette inscription dans la loi est importante. Mais en pratique, ces SRESRI ne sont qu’une prime au rattrapage. Pour la région Midi-Pyrénées, par exemple, un schéma régional est en place depuis deux ans, les schémas locaux ont été faits dans la foulée, et les contrats de sites signés récemment. La loi n’apporte rien pour une région comme la nôtre.

Certes, cela permet un rattrapage dans les régions en retard dans ce domaine. Mais nous ne pouvons pas nous en satisfaire.

En Midi-Pyrénées, le conseil régional joue relativement bien son rôle d’aménageur du territoire. Il a incité par exemple le PRES, piloté de Toulouse, à mettre en place un « conseil de site » (gouvernance du PRES), dans lequel les villes moyennes sont représentées. Mais rien ne l’y oblige. En résumé, les villes moyennes occupent les places que l’on veut bien leur attribuer localement. Leur reconnaissance n’est pas inscrite dans la loi. Mais dépend des politiques et stratégies régionales.

En pratique, ces schémas régionaux de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation ne sont qu’une prime au rattrapage. »

Les PRES vont être remplacés par des communautés d’universités et établissements. Dans cette nouvelle forme de regroupement des établissements du supérieur, les collectivités territoriales vont d’office représenter dans leur conseil d’administration. Votre point de vue ?

G. C. L’objectif du ministère, avec sa loi, était de signer des contrats de « site » avec ces futures communautés et de mettre fin aux contrats Etat-établissements.

Cela signifie que des établissements de plein exercice, c’est-à-dire indépendants, implantés hors métropole, ne le seront plus demain. Ils intègreront un schéma pyramidal. Au lieu de contractualiser directement avec l’Etat, ils contractualiseront avec l’instance qui supervisera la communauté à laquelle ils appartiendront. Cela ajoute un intermédiaire qui ne facilitera pas la vie de ces établissements.

Quant aux antennes des grands pôles régionaux – souvent des IUT – , ils s’en trouveront un peu plus marginalisés, car les établissements dont ils dépendent vont devenir eux-mêmes dépendants d’une instance supérieure.

Nous avons toutes les raisons de nous inquiéter des conséquences de cela.

Nos établissements apparaissent encore plus loin dans la hiérarchie de la décision et donc, a priori, aussi dans la hiérarchie de la distribution de moyens… »

Cependant, des collectivités territoriales seront représentées dans les instances dirigeantes de ces communautés…

Au sein des conseils d’administration des futures communautés, il y aura une place pour la région. La seconde place sera  certainement occupée par la métropole, siège de université de la communauté.

Je considère que l’implication des villes moyennes est oubliée par la loi. Il n’y a rien, aucune formule incitative, aucune prescription organisationnelle, rien !

Cela pose un gros problème. L’ambition fixée par la loi avec des objectifs, à la fois de démocratisation de l’accès à l’enseignement supérieur et de diffusion de la recherche dans les territoires, est irréalisable sans l’apport des villes moyennes.

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