Pour la Lorraine, le salut passe par la vallée des matériaux innovants

La Lorraine mise son salut sur une « Vallée » des matériaux innovants

Après le traumatisme de Florange, la Lorraine veut en finir avec son image de terre industrielle du passé et rebondir sur les matériaux innovants, l’un des grands axes d’un plan d’investissement que l’Etat doit signer mardi à Matignon avec la région.

Source Le Quotidien

S’inspirant de la « Silicon Valley » californienne, la Lorraine va se doter à cette occasion d’un nouveau label de « Vallée européenne des matériaux et de l’énergie », qui fédèrera laboratoires et entreprises innovantes. C’est le cas des Bronzes d’Industrie (LBI), à Amnéville en Moselle, dont le hall d’usinage est rempli de bagues et tubes, petits et grands, cuivrés ou chromés.

Ces pièces d’apparence banale présentent la caractéristique rare du zéro défaut absolu. « S’il y a un défaut de la taille de quelques microns, la pièce est rebutée », explique Luc Lajoye, le PDG de LBI, en désignant de petits cylindres destinés à des trains d’atterrissage pour avions. Son entreprise est spécialisée dans les pièces en métaux non ferreux et aciers inoxydables pour des applications allant de la construction navale à l’aéronautique, en passant par la sidérurgie et le nucléaire. Des composants de très haute précision qui nécessitent un grand savoir-faire et des efforts d’innovation permanents. Pour M. Lajoye le nouveau label lorrain sera « une bonne carte de visite » pour des entreprises comme la sienne.

Créer un « écosystème »

 L’objectif de cette « Vallée » est de créer en Lorraine un « écosystème » des matériaux et de l’énergie, comme Toulouse l’est pour l’aéronautique ou Grenoble pour les nanotechnologies, résume Christophe Choserot, vice-président du conseil régional en charge de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation.

Du fait de son histoire minière et sidérurgique, mais aussi de sa filière fibres et éco-matériaux, la Lorraine dispose de compétences humaines et scientifiques « bien centrées sur les matériaux et l’énergie », estime Rémy Nicolle, directeur scientifique et technique de l’Institut de recherche technologique matériaux, métallurgie et procédés, dit IRT M2P, en phase de développement à Metz. Elément clé de la future « Vallée », l’IRT se veut une passerelle entre les mondes scientifique et industriel, en mutualisant leurs efforts de recherche-développement. Douze projets sont ainsi en cours de lancement à l’IRT, en partenariat avec 33 industriels comme ArcelorMittal, Areva, Peugeot PSA Citroën, Renault ou Safran. Ils visent à inventer et tester de nouveaux alliages plus légers, plus résistants et recyclables, tout en étant économiquement viables.

Un espoir pour l’emploi

 Toujours pour renforcer les liens entre la recherche et les entreprises, la Lorraine mise aussi sur son futur CEA Tech, la branche de transfert technologique aux entreprises du Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives. Autre exemple, à Nancy, l’institut Jean Lamour, très en pointe dans la recherche sur les matériaux stratégiques de demain, la métallurgie, les nanosciences, les plasmas et surfaces, va également bénéficier du plan Etat-région pour créer un dispositif de recherche « unique au monde », selon son directeur, Eric Gaffet. Dès 2014 doit voir le jour un tube de 70 mètres de long sous ultravide, au coeur du nouveau bâtiment de l’institut. « L’environnement idéal pour fabriquer ou étudier de nouveaux matériaux, car en présence d’atmosphère, les informations fournies par les techniques de caractérisation seraient brouillées », explique le chercheur.

Les entreprises pourront par ailleurs greffer sur ce tube leurs propres installations de recherche et de développement en vue de déboucher sur des applications industrielles. Le temps presse car sans cette interaction avec les laboratoires, « tout un tissu de PME-PMI dans le domaine des matériaux en Lorraine risque de disparaître dans un marché concurrentiel, parce qu’elles n’ont pas les moyens d’investir dans de tels efforts de recherche et de suivre les derniers développements », souligne M. Gaffet.

En Lorraine, on espère que ce pari sur les matériaux du futur sera payant non seulement sur le plan scientifique, mais aussi sur celui de l’emploi industriel.

Toutefois « rien ne garantit que les applications industrielles qui seront inventées en Lorraine seront ensuite produites sur place », reconnaît M. Choserot, du conseil régional. « Mais il y a de grandes chances » de générer ainsi un effet d’appel pour les entreprises du secteur, selon lui.

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