L'association Aides secouée par un plan social

 Fondée en 1984 par Daniel Defert, compagnon du philosophe Michel Foucault, l’association Aides essuie le deuxième plan social de sa jeune histoire. 65 postes – Aides compte 462 salariés en équivalent temps plein – vont être supprimés dans les semaines qui viennent. Dans le même temps, il y aura 22 créations d’emplois, ce qui fixe le différentiel final des départs à 43.

Pour les salariés, viscéralement attachés à leur association comme à la cause qu’ils défendent, cette réorganisation «relève de l’inhumain». En interne, personne ne s’attendait à une décision aussi brutale, résultat d’une gestion financière et opérationnelle «plus que douteuse», selon les syndicats. En ligne de mire, le directeur général d’Aides, Vincent Pelletier, et ses méthodes de management jugées «autoritaires et discrétionnaires». Des termes vivement réfutés par l’intéressé, qui évoque, lui, «un plan social inévitable pour réorienter et optimiser l’impact d’une ONG emblématique. Ne pas mener ces réformes aurait été irresponsable.»

Dépistage. Les premières difficultés apparaissent en 2012. Cette année-là, les effectifs gonflent, passant de 448 à 491. Cela répondait à un surplus d’activité généré par les tests rapides à orientation diagnostique (Trods), ces actions indispensables de dépistage. «Qu’il ait fallu embaucher pour répondre à ces nouveaux besoins peut s’entendre, affirme Olivier Jablonski, secrétaire adjoint du comité central d’entreprise. Mais les dirigeants auraient dû être plus rigoureux dans l’établissement des budgets prévisionnels, qui ont tous été allègrement dépassés. Outre ces nouveaux entrants, Aides a dû payer des formations, acheter des véhicules, réajuster des services. Tout cela a coûté cher.»

A cela, il faut ajouter une reconfiguration de la nature des dotations octroyées à Aides – l’association est financée à 50% par l’argent public et à 50% par des donateurs privés. Si, en volume, les subventions n’ont pas diminué, elles sont désormais fléchées vers les seules actions de terrain. Plus question donc, sauf en de ponctuelles exceptions, de les inclure dans les frais de fonctionnement de la structure. Voilà comment Aides s’est retrouvé il y a quelques mois face à un terrible accident de trésorerie. Selon un document signé de la main de Vincent Pelletier, le déficit projeté pour la fin 2013 s’élevait en septembre à 1,6 million d’euros. Toutefois, le directeur général concède lui-même que les travaux de clôture des comptes se déroulent encore actuellement, ce qui laisse à penser que les pertes pourraient être nettement revues à la hausse. Selon les syndicats, celles-ci seraient plutôt de l’ordre de 2,7 millions d’euros. Presque le double du montant annoncé.

Face à cette triste réalité, la direction a opté pour des mesures de redressement drastiques – classiques dans ce type de situation -, sauf que celles-ci ne ciblent quasiment que les salariés. En effet, selon Renaud Delacroix, délégué syndical SUD,«le plan de réduction du déficit repose à 69% sur les coupes dans les effectifs. C’est une proportion anormalement haute au regard de certaines autres injustices. On sacrifie des éléments importants, on dilapide des services entiers de l’association, mais on laisse s’envoler la rémunération des dirigeants. C’est indécent.»

De 2010 à 2012, le montant de la masse salariale brute annuelle des 10 salariés les mieux payés d’Aides est passé de 734 867 euros à 816 669 euros, soit une augmentation de 11%. Si l’on se réfère à 2007, l’envol est de 37%. Summum de la dérive, le salaire de Vincent Pelletier – fixé par le conseil d’administration – a, lui, crû de 45% en cinq ans. Rapporté en équivalent temps plein, il perçoit 143 760 euros brut annuels. Un chiffre qui vient se fracasser à la réalité de salariés sommés de se serrer la ceinture.

Timothée, la vingtaine, s’indigne : «On vient à Aides pour défendre une œuvre sociale, porter secours à des populations fragilisées, or on se retrouve caporalisés, soumis à une direction sourde, qui applique les principes d’une entreprise capitaliste.» Dominique Descharles, secrétaire du CHSCT, opine du chef : «J’entends dire partout que le sida ne tue plus, donc qu’il ne serait plus nécessaire d’investir autant pour le combattre. Certes, on ne meurt plus forcément de cette maladie, mais le sida engendre aussi des perturbations cardio-vasculaires, des cancers. Aides est donc encore incontournable. Il y a un vrai malaise chez les salariés entre cette réalité brute et la façon dont on les traite.»

Souffrance. Cet automne, le comité d’hygiène et de sécurité a fait appel au cabinet Aepact, spécialisé dans les risques psychosociaux. De façon anonyme, une trentaine de salariés de l’association s’est déclarée en état de grande souffrance au travail. Si, de l’aveu des syndicats, Vincent Pelletier fait preuve d’une réelle écoute, les choses reprennent ensuite leur cours normal. «Il faut que les pouvoirs publics se mêlent de la situation, estime Tony Fortin, de FO. En décembre, le député du Nord Jean-Jacques Candelier a adressé une question écrite concernant Aides à la ministre de la Santé, Marisol Touraine. Bien que l’Etat soit le principal financeur de l’association, celle-ci n’y a jamais répondu. Il est inadmissible que trente ans de lutte contre le sida subisse un tel mépris.»

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