L'engagement associatif étudiant, une nouvelle matière à l'université

téléchargement (32)Si certaines universités valorisent depuis longtemps l’engagement associatif de leurs étudiants, d’autres ne se sont converties que récemment à cette pratique, aujourd’hui largement répandue. Du côté du ministère, une réflexion est en cours pour envisager un cadrage national.

Source : EducPros.fr, écrit par Delphine Dauvergne

Grande cause nationale 2014, l’engagement associatif est aussi désormais récompensé par les universités. « Il est important de valoriser ces activités associatives, montrer que les étudiants ne sont pas que des consommateurs, ils prennent sur leur temps d’études pour participer à la société », souligne Pierre Veinante, l’enseignant référent du DUEE (diplôme universitaire engagement étudiant) de l’université de Strasbourg.

Dès 2001, une circulaire du ministère encourage la reconnaissance des engagements associatifs étudiants qui doit contribuer à « aider les étudiants à monter et développer leur projet ». La charte pour la dynamisation de la vie associative des universités, le développement et la valorisation de l’engagement étudiant, signée le 26 mai 2011, précise que l’expérience associative est « l’occasion de nouer des contacts qui se prolongeront au-delà de ses études et influenceront ses choix professionnels et personnels ultérieurs ».

Pour Béatrice Descoins, professeure chargée de la vie étudiante à Paris-Sud, l’engagement associatif est « un élément incontournable de la vie universitaire pour la maturité de l’étudiant et lui faciliter l’insertion professionnelle ». À Poitiers, on considère que « l’associatif est aussi une forme d’entrepreneuriat : c’est une première marche pour monter des projets. De plus, c’est une initiative qui ne coûte rien et ne suscite pas d’oppositions », affirme Sandra Choisy, responsable du pôle entrepreneuriat.

L’OBJECTIF D’ALLER VERS UN CADRAGE NATIONAL

La circulaire du 3 novembre 2011 sur le développement de la vie associative et des initiatives étudiantes avait pour objectif de « définir un cadre national au développement de l’engagement étudiant ». Elle laisse à chaque établissement la liberté de reconnaître les compétences acquises avec les modalités qu’il souhaite. Cette reconnaissance peut prendre « la forme d’une certification, de l’attribution de crédits d’études [ECTS – European Credits Transfer System] liés à la validation d’une unité d’enseignement inscrite dans la maquette de formation, d’un diplôme d’université, de l’inscription à l’annexe descriptive au diplôme ou de la délivrance d’une attestation ».

Le ministère de l’Enseignement supérieur travaille actuellement sur l’élaboration d’un plan global sur la vie étudiante, avec pour objectif de « mieux valoriser l’engagement associatif des étudiants », mais aussi de tendre à un « cadrage national ».

En ce qui concerne les UE « engagement étudiant », elles sont généralement présentes dans les maquettes des licences et transversales à plusieurs UFR. Les étudiants doivent souvent valider cette UE en menant un projet dans une association, complété par un dossier de 5 à 20 pages et une soutenance.

ALLÉGEMENT D’EMPLOI DU TEMPS

La valeur de ces UE libres oscille entre 2 et 6 crédits sur un semestre. Elles imposent souvent moins d’heures de cours qu’une UE classique, ce qui permet aux étudiants d’avoir davantage de temps pour s’investir dans leur projet. Hélène Godin, 20 ans, qui était l’année dernière en L2 arts du spectacle à l’université Stendhal-Grenoble 3, était déjà membre en L1 de l’association étudiante Arts Mêlées. « Cette activité me prenait beaucoup de temps, je suis satisfaite de pouvoir l’intégrer dans mon cursus : l’obtention de crédits me permet d’alléger mon emploi du temps de deux heures de cours dans la semaine », raconte-t-elle. Hélène a ainsi pu s’impliquer davantage dans l’association, en entrant au CA comme secrétaire et en organisant son projet principal : un festival.

À l’université d’Orléans, l’UE libre, qui délivre 3 crédits ECTS, ne concerne que les responsables associatifs, et non les simples membres. Le but reste en effet de valider une implication importante, et moins d’inciter les étudiants à devenir bénévoles.

De son côté, l’UFC (Franche-Comté) prévoit de mettre en place une UE donnant des crédits pour valider un engagement à partir de la rentrée 2014. Une initiative saluée par l’actuelle vice-présidente étudiante Clémentine Lab, même si elle regrette de ne pas avoir pu en bénéficier cette année : « J’aurais voulu valoriser mon mandat électif, les activités associatives prennent du temps, on est quelquefois obligé de rater des cours. »

UN SUCCÈS VARIABLE

D’autres universités ont décidé de proposer à leurs étudiants un DU (diplôme universitaire), comme à Toulon. « Notre DU engagement étudiant a été mis en place seulement en 2012-2013, mais avec la volonté d’apporter une véritable reconnaissance de l’engagement étudiant, par le biais d’un diplôme que l’on peut valoriser sur son CV », explique Sylvie Lafon, la vice-présidente déléguée à la vie étudiante. Contrepartie de cette reconnaissance : le temps qu’il faut y consacrer. « On a seulement une dizaine d’étudiants inscrits cette année, car le DUEE comporte 42 heures d’enseignement sur l’année. En outre, s’investir dans une association demande également du temps », reconnaît-elle.

Face à cette contrainte, les universités se montrent flexibles. Toulon laisse la possibilité de passer ce diplôme en deux ans. Quant à Montpellier 1, elle a choisi de réduire le nombre d’heures en présentiel, grâce à une dizaine de vidéos à visionner chez soi. « Cela nous a permis de réduire la contrainte présentielle, mais il reste toujours un suivi important. Certains étudiants engagés choisissent de ne pas passer ce DU », constate François Mirabel, vice-président chargé de la vie étudiante. « Mais choisir cette formation permet aussi de favoriser les rencontres avec des étudiants des différentes composantes de l’université et de monter des projets à plusieurs », argumente Guillaume Guidici, le vice-président étudiant.

À Toulouse 2 Le Mirail, le vice-président délégué à la vie étudiante, Christian Mange, fait le même constat que François Mirabel. « Beaucoup d’étudiants s’engagent par conviction personnelle et ne demandent pas à profiter du dispositif leur délivrant une bonification pouvant aller jusqu’à 0,5 point sur la moyenne générale du semestre », rapporte-t-il. Leur UE d’ouverture impose 25 heures d’engagement, avec un dossier d’une dizaine de pages à réaliser. Certains choisissent de ne pas rendre de dossier et sont toutefois récompensés par 0,25 point supplémentaire.

Le bilan de ces mesures est inégal selon les endroits. À l’université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, l’UE engagement et vie associative n’a pas pu être mise en place cette année, faute d’inscrits suffisamment nombreux. Mais à Poitiers, c’est la tendance inverse : « Nous sommes obligés de limiter les inscriptions pour assurer un bon encadrement, toutes nos UE engagement associatif sont remplies à bloc, avec 160 étudiants cette année », décrit Sandra Choisy, la responsable de l’entrepreneuriat. Au total, 2.542 étudiants ont bénéficié d’une reconnaissance pour l’année 2011-2012 dans les universités.

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