Le «crowdfunding» ou les dons en ligne, nouvel outil financier performant?

shutterstock_crowdfunding-1280x960La finance apparaît souvent comme si déconnectée du «monde réel» qu’il faut parfois rappeler que sa fonction économique est essentielle : elle doit permettre de développer des projets portés par ceux qui n’ont pas les moyens d’entreprendre, en utilisant les ressources disponibles de ceux qui n’ont pas dépensé tous leurs revenus.

Source : Libération, écrit par Pierre-Yves Geoffard

Bref, elle met en relation l’investissement des uns et l’épargne des autres. A priori, les uns et les autres n’ont pas besoin de se connaître. En principe, les intermédiaires financiers sont là pour garantir que les projets financés sont viables, et que les projets viables seront financés. Leur rôle est donc directement lié à la production d’information, sur l’évaluation du risque de tel ou tel investissement comme sur la disponibilité de l’épargne. Et comme toute activité liée à l’information, elle est potentiellement chamboulée par le développement de l’économie numérique.

Parmi les innovations financières liées au numérique, il n’y a pas que des produits dérivés abscons ou des logiciels de trading à haute fréquence à l’utilité discutable ; les outils sur lesquels se développe la «finance participative», plus connue sous le terme de «crowdfunding», peuvent offrir de nouveaux mécanismes performants, alternatifs à la finance traditionnelle. Les mécanismes usuels de financement des entreprises sont essentiellement de trois types : les prêts bancaires, les actions ou les obligations, émises sur un marché dans le cadre d’un appel public à l’épargne. Aux Etats-Unis, le financement des entreprises passe le plus souvent par l’émission d’actions, alors qu’en France (ou en Allemagne) il vient de prêts bancaires. Dans tous les cas, l’activité d’intermédiation est essentielle : soit la banque prête elle-même des sommes qui lui ont été confiées, en dépôt ou en épargne, soit elle s’occupe du placement des actions auprès du public ; dans tous les cas, elle cherche à réduire l’asymétrie d’information entre épargnants et investisseurs.

Le crowdfunding propose de remplacer les banques par des plateformes, où l’échange d’information est automatisé. Par certains de ses aspects, d’ailleurs, cette désintermédiation n’est pas si nouvelle : par exemple, des mécanismes de tontine permettent un financement par des réseaux familiaux ou communautaires. Les prêteurs ont souvent une connaissance détaillée des projets qu’ils financent, et les emprunteurs ont de fortes, voire très fortes, raisons de rembourser les sommes empruntées ; en revanche, comme ils se limitent aux cercles relativement proches, ces mécanismes financiers participatifs ne peuvent convenir à des projets importants. Le crowdfunding, comme son nom l’indique mieux que sa traduction française, s’adresse à la multitude (crowd), et peut mobiliser des montants d’épargne plus élevés, mais son talon d’Achille est sa capacité à évaluer les risques, de manière à ce que l’épargne se dirige en priorité vers les projets économiquement viables. Il y a là une forme de pari sur l’intelligence collective : si chaque épargnant dispose d’un peu d’information, si cette information est fiable, et si elle conditionne la décision de contribuer au financement, alors les projets financés sont justement ceux pour lesquels les informations favorables sont très répandues.

Beaucoup de «si», mais aussi des éléments très encourageants. D’abord dans la diversité des formes de financement proposées par les plateformes existantes : l’appel aux dons permet de financer des projets socialement utiles ; des formes de prévente permettent à l’entrepreneur de mieux connaître la demande potentielle pour les biens ou services nouveaux qu’il se propose de produire. Les plateformes peuvent bel et bien contribuer à la production d’informations pertinentes, notamment pour l’emprunteur. Sont-elles plus ou moins performantes que les banques traditionnelles ? La question, à ce jour, n’est pas résolue, et c’est bien fâcheux, car cela devrait conditionner la régulation de ces activités. Comme souvent, l’innovation technologique se heurte de front aux situations établies : dans le cas d’appel «traditionnel» à l’épargne, l’obligation d’information est importante, et très encadrée ; et dans le cas de crédits, la loi garantit aux établissements bancaires un monopole : tout cela est remis en cause.

L’administration Obama s’était emparée de la question en avril 2012, la loi Jobs proposant de développer le financement de l’économie, entre autres en allégeant les contraintes pesant sur le crowdfunding ; en France, une ordonnance vient d’être présentée par Arnaud Montebourg en Conseil des ministres. Toutefois, aux Etats-Unis les détails de la mise en œuvre ne sont pas encore connus, la Securities and Exchange Commission ne les ayant pas encore définis. Espérons que la réglementation française saura s’adapter plus rapidement, et permettra un cadre protégeant les épargnants tout en simplifiant les démarches des porteurs de projet. Bon, là aussi il y a une forme de pari…

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