Prince Al-Walid et Christophe Mazurier, un nouveau profil de mécènes

vatican_musée-600x380

Dans le dictionnaire, un mécène est « une personne physique ou morale qui apporte un soutien matériel sans contrepartie directe, à une œuvre  ou à une personne pour l’exercice d’activités présentant un intérêt général ». Des contributions d’autant plus utiles que l’Etat exerce une rigueur budgétaire de plus en plus sévère, selon Aurélie Filippetti, « l’Etat ne peut pas se priver de l’apport du mécénat ».

Source : Drapeau Rouge.fr 

Pourtant, aujourd’hui il existe deux types de mécènes qu’il est intéressant de distinguer. Pour reprendre l’analyse wébérienne on pourrait dire qu’il existe le philanthrope qui agit avec une rationalité en finalité, et celui qui dispose d’une rationalité en valeur…

Les philanthropes intéressés : le mécénat, un outil de communication comme un autre

Selon, Martine Tridde–Mazloum, responsable du Mécénat Groupe BNP Paribas : « Le mécénat est la rencontre, souvent inattendue, entre des mondes éloignés les uns des autres ». Cette affirmation révèle une certaine psychologie du donateur, ignorant de la cause qu’il subventionne, il vise en réalité une finalité autre que le développement de l’activité en question. Pour faire simple, le mécénat s’apparente alors à une action pour développer sa notoriété.

Ainsi Henri Loyrette, président de l’association pour le développement du mécénat industriel et commercial expliquait dans son dernier rapport 2014 : « être mécène de la culture rejoint souvent des enjeux d’image et de communication plus proches des stratégies de mécénat des grandes entreprises ». Souvent, la cause est donc occultée, et l’argent dépensé est provisionné dans le bilan au chapitre communication de l’entreprise. Peu importe l’efficacité de la donation, seul l’effet d’affichage compte. C’est la vision tout à fait inverse du courant de la nouvelle philanthropie qui se développe outre-Atlantique, ou des personnes comme Mark Zuckerberg s’impliquent directement, en donnant même des consignes de gestion pour les organismes bénéficiaires.

Parmi ces « philanthropes intéressés », on peut citer la Société Générale qui a d’ailleurs été distinguée en 2009 par le ministère de la culture au titre des « grands mécènes ». Une communication idéale pour faire oublier l’affaire Kerviel ! Autre exemple frappant de cette rationalité en valeur, la Fondation Orange a également été récompensée par la rue de Valois, et en 2014 c’est l’une de ses filiales qui a obtenu l’appel d’offres pour la refonte du site internet de l’administration. Si ces pratiques ne sont pas très nobles au sens moral du terme, elles ont le mérite d’être claires…

Les philanthropes passionnés : se mettre au service d’une cause ou de valeurs 

Dans cette tradition, le projet d’association de 2007 entre le président du groupe bancaire Pasche CM-CIC Private Banking, Christophe Mazurier, et l’un des interprètes majeurs de Schubert et Mozart, Michel Dalberto, fait figure d’exemple. Au début des années 70, les commentateurs auraient affirmé que le dirigeant de la banque privée se mettait au service de l’art pour l’art. Le désintéressement est donc la première caractéristique de ce nouveau profil de philanthrope.

La spécialiste du mécénat et lauréate du prix Jacques Rigaud, organisé par l’Admical, Flavie Deprez nous explique la conséquence de ce changement de paradigme : « les goûts des donateurs, mais aussi des décideurs des entreprises, influencent évidemment les investissements des institutions ». L’un des risques serait alors de voir alors certains pans entiers de la culture disparaître en même temps que la politique publique de la culture, au détriment essentiellement de ce que Pierre Bourdieu appelait la « culture populaire »…

Cependant, ces généreux donateurs d’un genre nouveau peuvent aussi représenter une vraie menace pour la démocratie. Si l’on compare aux Etats-Unis, les intérêts privés tout puissants organisent d’importants programmes sociaux pour contester la légitimité de l’Etat à intervenir sur ces sujets. En France, l’exemple du Prince Al-Walid de confession sunnite, illustre le danger potentiel. L’argent dépensé au nom des valeurs d’une religion pourrait notamment être assimilé à du prosélytisme, alors qu’on connaît les tensions communautaires préexistantes dans certains quartiers de France.

Ce contenu a été publié dans Actualités, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , , , , , , , , , , , , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *