La présidente de Montpellier-3, Anne Fraïsse : "L'inscription libre est un principe hypocrite"

téléchargement (60)L’Unef déplore dans son rapport annuel le recours au tirage au sort à l’université. La présidente de Montpellier-3 explique pourquoi elle n’a pas le choix.

Source : Le Point, par Nina Bontemps-Terry

La polémique enfle. Face à la pénurie de moyens croissante, de nombreuses universités mettent en place des « capacités d’accueil », seuil maximum d’étudiants qu’elles sont en mesure d’accueillir dans une filière, ce qui, compte tenu du nombre de candidatures, aboutit parfois à un tirage au sort. C’est ce que déplore l’Unef dans son rapport annuel 2014. Le syndicat étudiant y voit une manière de contourner l’interdiction de sélection à l’entrée. Anne Fraïsse, présidente de l’université Paul-Valéry-Montpellier-3, répond au syndicat. Et nous éclaire sur la crise profonde que traverse l’université.

Le Point.fr : Que pensez-vous de la polémique sur le tirage au sort à l‘université ?

Anne Fraïsse : C’est loin d’être une petite polémique, cela révèle l’un des principaux problèmes de l’université. Nous ne sommes plus en capacité financière d’accueillir tous les étudiants. Or, le tirage au sort, c’est la contrepartie du fait qu’on ne peut pas faire de sélection. Si on ne peut pas sélectionner sur dossier, ou sur prérequis, et si on a un nombre de places limité, c’est nécessairement le hasard qui décide.

Quelle est la situation financière de votre université ?

Nous sommes en déficit chronique de 1,5 million d’euros. L’État continue à prendre des mesures qui agissent sur la masse salariale, l’autonomie étant une hypocrisie. Maintenant, comme nous n’avons aucune marge, à nous de compenser ailleurs. Nous avons beaucoup d’étudiants et pas assez d’argent, et le ministère nous a bien signifié qu’il n’augmenterait pas nos moyens. Donc on doit diminuer le nombre d’étudiants.

Cela a des effets sur les étudiants de premier cycle ?

Comme la masse salariale représente 86 % de notre budget, nous sommes obligés de fermer des postes, de réduire les heures supplémentaires et d’avoir donc moins de filières. Car, sans professeur, nous ne pouvons pas faire tourner les filières.

Vous avez donc instauré un tirage au sort dans votre université ?

Comme il y a des capacités d’accueil limitées, oui. On a fixé le seuil des capacités au plus haut, nous pouvons ainsi faire entrer tous les postulants dans trois des six filières. Sur les trois autres, en revanche, il y a encore une liste d’attente. Les étudiants entrent au fur et à mesure par tirage au sort. Mais on a pu accueillir tous les étudiants de l’académie et tous ceux qui nous ont placés en premier ou deuxième voeu, même hors académie.

Le tirage au sort, est-ce une façon de contourner le principe de sélection, qui est illégal ?

C’est la seule solution légale, puisqu’on ne peut pas demander des dossiers ou des prérequis pour entrer en première année. Certaines universités le font, mais la loi ne le permet pas, sauf dans quelques cas spéciaux.

Sans sélection, comment en finir avec l‘absurdité de ce système ?

Je suis contre la sélection en première année, mais entre le principe de sélection et la liberté d’entrée totale, il y a différents niveaux. Par exemple, il faudrait être plus strict avec les redoublements. Une fois entré dans une filière, on peut redoubler autant de fois qu’on le souhaite. Il faudrait être plus sévère à ce niveau. Par ailleurs, tout type de baccalauréat ouvre sur n’importe quelle filière, même avec des orientations très précises comme les bacs professionnels. Ce n’est pas logique, et lorsque je vois certains étudiants s’inscrire, je sais d’avance qu’ils n’ont aucune chance de réussir leur cursus.

Ces deux pistes ont-elles des chances d‘être étudiées ?

Le ministère ne veut pas se pencher dessus, cela mettrait en évidence que la plupart des bacheliers professionnels ne s’insèrent pas sur le marché de l’emploi, et viennent finalement échouer massivement à l’université. L’entrée libre, qui paraît démocratique, est un principe hypocrite qui condamne plein d’étudiants à l’échec. Nous le savons en les inscrivant, mais nous n’avons pas le droit de faire autrement.

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