Sélection, frais d'inscription à l’université : un système à bout de souffle

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L’Unef épingle les « pratiques illégales » d’universités. Les présidents d’université se plaignent d’un système « hypocrite ».

Source : Les Echos, par Marie-Christine Corbier

C’est assez paradoxal. En publiant son enquête annuelle sur les dérives des universités, l’Unef, premier syndicat étudiant, relance la question de la sélection contre laquelle elle s’érige. Alors que les ministres de l’Education et de l’Enseignement supérieur Benoît Hamon et Geneviève Fioraso viennent très officiellement de refermer le dossier.

Trente-trois universités pratiquent une sélection illégale des étudiants et 14 imposent des frais d’inscription illégaux, dénonce l’Unef. Les pratiques illégales sont « encouragées par la pénurie budgétaire », explique le syndicat qui menace de déposer des recours devant les tribunaux et appelle les ministres à « faire respecter la loi ». « Le ministère reste vigilant et examinera chaque cas signalé », indique-t-on au cabinet de Geneviève Fioraso, où l’on précise que, « après vérification, les cas pointés par l’Unef l’an dernier n’étaient pas illégaux car il s’agissait de services optionnels ». L’Unef cible cette année les 800 euros d’inscription de l’IAE de Grenoble, les 400 euros de l’université de Mulhouse ou les 330 euros de Centrale Paris, plus élevés que ce que prévoit la réglementation. Les droits d’inscription restent « modestes » au regard d’autres pays, relativise-t-on dans l’entourage de Geneviève Fioraso.

« Je ne peux pas les prendre tous dans la même spécialité »

En matière de « sélection illégale », le syndicat pointe par exemple 4 licences et 21 masters à l’université d’Avignon. « Pourquoi s’attaquer aux universités et ne pas parler de ce que font les grandes écoles, les IUT ou les BTS  ? réagit Emmanuel Ethis, son président. L’Unef oublie qu’Avignon est l’université qui accueille le plus grand nombre d’étudiants boursiers de France et affiche les meilleurs taux de réussite de la région. » Paris 5 est l’université qui arrive en haut du classement de l’Unef avec deux licences et 34 masters épinglés, dont la licence de droit. « Je rejette en bloc, il n’y a pas de sélection à l’entrée en licence de droit », affirme aux « Echos » le président de l’université, Frédéric Dardel. Sur les masters, « il faudrait que l’Unef soit dans le monde réel, ajoute-t-il. J’ai 300 étudiants en licence de droit et 350 places en master de droit, mais avec six mentions qui agrègent une douzaine de spécialités. Je ne peux donc pas tous les prendre dans la même spécialité, je suis obligé d’orienter les étudiants et ce n’est pas illégal. Toutes les universités de France le font. »

Sur la sélection actuelle qui se fait à l’entrée en master 2, Frédéric Dardel dénonce un système « hypocrite » et préconise une sélection en master 1. Benoît Hamon avait d’ailleurs jugé, le 10 juin, à l’Assemblée nationale, « inadmissible » la sélection des étudiants « en milieu de cycle ». Avant d’affirmer finalement, le 25 juin, son « refus de toute sélection à l’entrée en master ».

Tirage au sort

Cachée derrière les bi-licences, le tirage au sort ou les entretiens préalables à l’entrée en master, la sélection à l’université existe. « Il faut des filières d’excellence ni cachées ni clandestines mais qui soient au contraire des phares de l’attractivité des universités , plaide le président de l’université Paris-Dauphine Laurent Batsch (1).  Si on ne permet pas aux universités d’avoir des voies sélectives, les étudiants s’en détourneront. On leur rend un très mauvais service en leur interdisant de faire ce que d’autres pratiquent. » L’université a perdu « dix points de parts d’effectifs dans l’enseignement supérieur en dix ans », poursuit-il, en affirmant que cela se fait au profit de formations sélectives. Pour Laurent Batsch, « les universités se font manger la laine sur le dos. Au nom du service public, on ne peut rien faire. Mais c’est en ne faisant rien qu’on l’affaiblit. »

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Une réponse à Sélection, frais d'inscription à l’université : un système à bout de souffle

  1. iffresblog dit :

    La sélection du monde du travail est une réalité tout comme le manque de moyen et le surpeuplement des premiers cycles universitaires Refuser la réalité c’est condamner pour des raisons idéologiques des milliers de jeunes au chômage.
    Christian Jean – Directeur Recherche & Innovation FINOXIA OXIA Group

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