A Bordeaux, l’université veut se rapprocher des lycées

Le président de l’Université de Bordeaux, Manuel Tunon de Lara, fait le point sur l’orientation des lycéens, la gestion du patrimoine immobilier universitaire et le rapprochement avec les entreprises.

Source LaTribune.fr

« Nous touchons nos limites en termes de capacité d’accueil, sauf en sciences et technologies. Les chiffres ne sont pas encore consolidés aussi il faut les prendre avec précaution, mais la tendance observée depuis cette rentrée montre une forte hausse des inscriptions dans le collège droit, économie, gestion. Les collèges santé, sciences et techniques connaissent chacun une augmentation des inscriptions de l’ordre 6 % » a récemment observé Manuel Tunon de Lara, président de l’Université de Bordeaux (plus de 50.000 étudiants pour un effectif de 5.635 personnes), neuf mois après le lancement opérationnel de ce nouvel établissement créé à partir des trois anciennes universités qui ont fusionné : Bordeaux 1 (sciences et technologies), Bordeaux 2 (sciences de la vie, de la santé, de l’Homme) et Bordeaux IV (droit, économie, gestion). L’ex-université Michel de Montaigne Bordeaux 3, devenue Bordeaux Montaigne (Lettres, philosophie, histoire…), membre fondateur de l’université de Bordeaux, a refusé la fusion, tout comme l’Institut Polytechnique de Bordeaux (IPB) et l’Institut d’Etudes Politiques (IEP) de Bordeaux.

Récupérer les meilleurs

La saturation des capacités d’accueil, devenue critique depuis plusieurs années dans l’ex-Bordeaux 2 – où se trouve en particulier la faculté de médecine -, renvoie aussi, selon Manuel Tunon de Lara, à la façon dont les lycéens sont orientés vers l’université. Le système actuel d’orientation pose selon lui de sérieux problèmes de fond. « Le collège sciences et technologies accueille toujours plus de 50 % de bacheliers en sciences. Mais beaucoup de lycéens parmi les plus forts font les classes prépas et échappent à l’université. C’est un problème de fond, d’organisation. Alors que l’université est reconnue au plan international pour l’excellence de sa recherche, une partie des meilleurs lycéens n’y vont pas. C’est pourquoi je milite pour créer un continuum avec l’enseignement secondaire, qui passerait par l’accueil d’enseignants du secondaire à l’université, pour mieux préparer les orientations post-bac » résume le président de l’université. Manuel Tunon de Lara aimerait aussi en finir avec le tirage au sort, qui, manque de places oblige, est utilisé en dernier recours pour trancher l’orientation des lycéens à l’université.

« Orientation active »

« Il faudrait faire de l’orientation active, les capacités des lycéens ne sont pas prises en compte. L’université doit se doter d’un dispositif d’accompagnement adapté à des jeunes pour qui l’interface informatique est presque naturelle. Le corps enseignant doit s’emparer de ça et construire une démarche pédagogique, par exemple avec la validation des acquis, à partir d’une tablette numérique, préalablement à l’inscription à l’université, explique Manuel Tunon de Lara. Il n’est pas acceptable, poursuit-il, qu’un bachelier littéraire avec mention ne puisse pas s’inscrire en sociologie alors que dans le même temps une vingtaine de bacheliers pros y entrent sans problème ». Ce sujet qui touche à l’entrée de l’université, dont les filières générales sont ouvertes à tous les bacheliers, reste sensible et un nombre croissant de présidents d’universités défend désormais l’idée d’une sélection. L’autre versant du dossier est constitué par le périmètre de la fusion de l’Université de Bordeaux et en particulier le refus de l’Institut Polytechnique de Bordeaux (IPB) de rejoindre la nouvelle entité. D’autant que l’IPB a emmené dans ses bagages certaines des écoles d’ingénieurs nées à Bordeaux d’une volonté purement universitaire. Des défections qu’Alain Boudou, le dernier président de Bordeaux 1, pour qui la vocation de ces écoles était d’intégrer la nouvelle université, a considérées comme autant de trahisons. Il est vrai que l’IPB, qui a depuis rejoint le réseau Institut National Polytechnique (INP), organise ses propres classes préparatoires.

Lourd volet immobilier

Malgré ces difficultés, l’Université de Bordeaux, dont le budget annuel est de 560 M€, a réussi à fusionner trois universités et se positionne comme l’une des premières en France à avoir poussé le processus de l’intégration aussi loin. Elle a également tiré son épingle du jeu dans le cadre de l’Opération campus, qui vise à la rénovation et la restructuration de 415.000 m2 de bâti, moyennant une allocation de l’Etat de 475 M€. Pour autant, l’Université de Bordeaux reste dans une situation financière assez délicate. Manuel Tunon de Lara souligne à ce propos qu’elle ne vit pas en vase clos et bénéficie depuis plusieurs années du soutien actif de la Région et de la Communauté urbaine de Bordeaux (CUB). Mais les temps changent. « Les futures métropoles vont être investies de compétences dans l’enseignement supérieur et la recherche. Il y aura de nouveaux sujets à articuler entre l’université, la Région et la future métropole, comme le schéma immobilier, sujet qu’il ne sera pas possible de ne pas aborder puisque l’Université de Bordeaux a la charge d’un patrimoine immobilier de l’ordre de 500.000 m2 » observe le président, qui s’inquiète d’une possible réduction des dotations d’Etat.

Un guide pour les entreprises

Si les opérations de rénovation du patrimoine immobilier sont classées hors budget, l’Université de Bordeaux gère tout de même les opérations courantes, comme les flux (eau, électricité, gaz), à raison de 11 M€ par an, et la grosse maintenance : 9 M€ annuel. Manuel Tunon de Lara se félicite que la masse salariale ne dépasse pas 60 à 65 % du budget, l’essentiel des 35 à 40 % restants étant fléchés vers la recherche. Militant convaincu du rapprochement de l’université avec les entreprises, il en appelle au devoir d’insertion des jeunes dans la vie professionnelle. « L’université ne vend pas son âme quand elle se rapproche des entreprises. Nous avons justement créé la Fondation Bordeaux Université pour tisser de nouvelles relations avec le monde de l’entreprise. Placer un industriel au conseil d’administration de l’université ça ne sert à rien, ce qu’il faut c’est développer un écosystème. En ce qui concerne l’innovation on a longtemps regardé passer les trains et heureusement cette période, qui s’est traduite par de stupéfiantes pertes de brevets, est révolue » rappelle le président. Il annonce que le 24 novembre prochain la Direction des partenariats remettra aux dirigeants qui participeront à la réunion prévue avec les représentants de l’université un guide des relations entreprises université.

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