Les PME, nouvel horizon pour les jeunes diplômés titulaires d'un doctorat

Seuls 12 % des docteurs travaillent en entreprise et, parmi eux, un nombre croissant intègre des PME.Pour accélérer, le ministère de la Recherche lance une étude sur la reconnaissance professionnelle des docteurs.

Source LesEchos.fr

Ce n’est encore qu’un frémissement, mais il est réel. Les PME pourraient bien offrir des débouchés inattendus aux jeunes docteurs confrontés à des difficultés d’insertion professionnelle. Seuls 12 % des 12.000 docteurs formés chaque année en France travaillent aujourd’hui en entreprise, et le taux de chômage des titulaires d’un doctorat dans notre pays est près de trois fois supérieur à celui de l’OCDE. Officiellement, un docteur n’est plus un étudiant, il est titulaire d’une thèse de doctorat, le doctorant ne l’a pas encore soutenue. Selon l’Apec, qui a publié en octobre une étude sur le devenir professionnel des jeunes docteurs, ils ne sont que 43 % à occuper un emploi pérenne un an après leur thèse.

S’orientant davantage vers le secteur public que les autres diplômés, ils sont victimes de la raréfaction des postes de recherche et d’enseignement. Pour inverser la tendance, la secrétaire d’Etat à la Recherche, Geneviève Fioraso, a confié en janvier à Patrick Fridenson, directeur d’études à l’Ehess, une mission sur la reconnaissance professionnelle des docteurs. « Depuis quelques années, le nombre de docteurs et doctorants intégrés en PME est en augmentation continue », positive-t-il. Un mouvement encouragé par deux dispositifs : le Cifre, convention industrielle de formation par la recherche, une aide financière au recrutement de jeunes doctorants, et le crédit impôt recherche, mesure de soutien aux activités de recherche et développement des entreprises.

Un problème d’image

En 2013, selon l’Association nationale recherche et technologie (ANRT) 38 % des contrats Cifre ont été conclus par des PME (soit 467 contrats, contre 620 dans les grandes entreprises). « Sur ce sujet, les PME avancent toutefois à pas comptés, pour bien peser la compatibilité des jeunes docteurs avec leur mode de fonctionnement. » L’état de l’économie française depuis 2009 n’encouragerait pas les PME à lancer des recrutements dont elles peinent à mesurer la « rentabilité » immédiate. Pour les y inciter, des initiatives ont vu le jour localement. C’est le cas à Lyon avec la plate-forme de recrutement doctorentreprise.fr, qui met en relation les universités et leurs laboratoires avec les entreprises.

Une centaine de docteurs chaque année entrent ainsi en contact avec une entreprise : les équipes de la plate-forme identifient les besoins de la société, bâtissent une offre d’emploi avec elle et lui fournissent des candidats. « 90 % des sociétés qui font appel à nous sont des PME ou des TPE. Les dirigeants de PME sont souvent des autodidactes : ils connaissent mal le doctorat et les financements que leur ouvre l’emploi d’un docteur », explique Mathieu Nivon, chargé de la promotion du doctorat à l’université de Lyon. L’intérêt des PME pour les docteurs devrait se développer dans les années à venir, gage-t-il. « Il y a encore une vingtaine d’années, les activités de recherche et développement étaient majoritairement portées par les grandes entreprises. Aujourd’hui, elles les sous-traitent à des PME, plus réactives et plus agiles », témoigne-t-il.

Le principal frein à l’insertion des docteurs reste aujourd’hui lié à leur image. Lorsqu’on les interroge sur leur perception d’un docteur, les entreprises questionnées par l’Apec évoquent son « manque d’opérationnalité », son « hyperspécialisation » et son incapacité à travailler en équipe. De quoi rebuter un patron de PME. « Les docteurs ont un véritable problème d’image », abonde Laurent Fiard, président du Medef Lyon-Rhône et à la tête de Visiativ, éditeur de logiciels et de solutions collaboratives. Ce déficit d’image est au coeur de la réflexion de Patrick Fridenson. « Ce que nous voulons montrer, c’est qu’un docteur n’est pas forcément spécialiste des sources thermales au XVIIIe siècle ! » Un profil des compétences des docteurs, élaboré par le ministère de l’Enseignement supérieur, devrait être publié prochainement. Patrick Fridenson compte sur une prise de conscience collective, et espère une reconnaissance du doctorat dans les conventions collectives avec, à la clef, un même niveau de rémunération que les ingénieurs.

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