L’accélérateur du #mécénat

Les présidents Régis Bello et Alain Beretz sous le regard bienveillant des Nobel strasbourgeois.  PHOTO DNA – Laurent Réa

Les présidents Régis Bello et Alain Beretz sous le regard bienveillant des Nobel strasbourgeois. PHOTO DNA – Laurent Réa

L’Université de Strasbourg et sa fondation présentent aujourd’hui à Paris cinq années de collecte de fonds privés sous le régime fiscalement attractif du mécénat. C’est aussi la réussite d’une forme de co-développement public-privé.

Source: Dna.fr

Le pari n’était pas gagné d’avance, mais les résultats dépassent, finalement, toutes les espérances. Ce qui était une première en France à l’échelle d’une très grande université d’excellence, réunifiée, devient une initiative exemplaire, donnant à réfléchir.

Aujourd’hui à Paris, les présidents de l’Université de Strasbourg et de la fondation qui lui est associée présentent le bilan de la campagne 2010-2014 de collecte de fonds. L’objectif, sur ces cinq années, était de réunir 20 millions d’euros. Il a été pulvérisé avec un record de 22,5 millions d’euros dépassé à fin 2014. Les particuliers ont consenti 1 207 dons pour 8,3 % des montants collectés. Les entreprises ont assuré 294 dons pour 91,7 % du total, soit 20,6 millions.

« Nous sommes au service de l’université pour toujours, c’est une action de long terme »

« Nous sommes au service de l’université pour toujours, c’est une action de long terme. La fondation va évidemment poursuivre son action. Nous allons simplement faire une pause pour réfléchir à une nouvelle campagne », explique Régis Bello.

L’industriel, ancien président du groupe De Dietrich, fin connaisseur des réseaux d’entreprise et du monde patronal, s’est engagé avec une très forte passion pour ce projet, faisant jouer tous les leviers à sa portée pour atteindre l’objectif, très ambitieux, qui avait été fixé. Avec une part élevée d’incertitude puisque ce type d’instrument destiné à drainer des fonds privés en faveur de l’université publique n’avait guère de précédent français à cette échelle. La fondation s’est d’ailleurs renforcée en 2012 en intégrant les Hôpitaux universitaires (HUS) parmi ses membres fondateurs, et l’école d’ingénieurs INSA en tant que partenaire. L’organisme présidé par Régis Bello a également fait jouer tout de suite les synergies avec la Fondation pour la recherche en chimie, un des grands points d’excellence de Strasbourg, que préside Bernard Meunier, également président de l’Académie des sciences.

Parmi les hauts faits de ces cinq dernières années, on notera les engagements massifs de groupes aussi dissemblables que l’industriel de l’étanchéité Soprema ou le groupe d’assurances Axa.

Le succès de l’affaire doit pas mal à la bonne entente entre Bello et Beretz, ce dernier ayant souhaité et obtenu qu’un industriel reconnu assume la fonction. Ouvrant son carnet d’adresses, infatigable orateur partout où il pouvait se trouver, Régis Bello s’est bien gardé de travailler en solo et a très tôt enrôlé le président de Schneider, l’Alsacien Henri Lachmann, comme président de campagne. Homme de conviction, bulldozer passionné, amoureux de sa région de naissance, il n’a pas ménagé ses efforts.

C’est en partie à l’entregent de Lachmann qu’est due la très large assiette des fonds collectés puisqu’environ 60 % ont leur source hors d’Alsace. Les alumni, autrement dit la vaste galaxie des diplômés, n’y sont pas pour rien non plus.

Motif de fierté pour Alain Beretz, le président de l’Université de Strasbourg lit dans ces chiffres la confirmation du rayonnement de l’établissement : « L’avantage d’une fondation, c’est qu’elle travaille sur un temps long, différent des autres agendas de financement », fait-il observer. Et il ajoute : « Bien sûr, c’est un outil de défiscalisation, et c’est techniquement intéressant. Mais nos donateurs veulent avant tout participer à un projet, être partie prenante d’une communauté. Par ailleurs, la Fondation n’est pas, ne peut pas être une simple rallonge budgétaire. C’est un outil pour faire des actions différentes, nouvelles, plus inventives.

Très satisfaisante en terme de bilan chiffré, la campagne 2010-2014 doit être replacée dans son contexte budgétaire. L’Université de Strasbourg, selon Alain Beretz, c’est grosso modo un budget de 450 millions d’euros, salaires inclus. Avec la recherche associée, on grimpe à 600 euros : « Dans l’absolu, la Fondation, en recueillant 4 millions d’euros par an, assure 1 % de notre budget. Mais en réalité, compte tenu des engagements, nous n’avons de marge que sur 15 % de notre budget, ce qui donne toute sa valeur à la collecte de 22,5 millions d’euros », calcule Alain Beretz.

« On a récolté aussi un capital de confiance dans des milieux qui ne nous connaissaient pas »

Et pour compléter les ordres de grandeur, il précise qu’un doctorant représente un coût de 30 000 euros par an, c’est-à-dire le revenu d’un million de capital placé : « Or nous formons 480 doctorants par an », souligne-t-il. Et à ceux qui s’inquiéteraient des effets sur la qualité de la recherche des versements privés, il rappelle que les donateurs choisissent l’affectation, mais pas l’affectataire : « Autrement dit, nos donateurs font confiance à l’université, et c’est là essentiel ».

Régis Bello est évidemment plus conscient de la relativité de ces chiffres que quiconque. À ses yeux, l’instrument très souple et attractif qu’est le mécénat doit permettre d’accélérer et de catalyser mieux certains projets. La fondation s’est efforcée de limiter strictement ses frais de gestion, limités à 4 % des dons. Sur chacun d’entre eux sont également mis de côté 8 % pour contribuer à financer des projets dans des disciplines moins spectaculaires que la physique, la médecine, les biotechnologies ou la pharmacie. De ce fait, promet Régis Bello, les sciences humaines et sociales, où Strasbourg ne manque ni de singularité ni d’excellence.

« On a récolté plus de 20 millions d’euros mais aussi un capital de confiance dans des milieux qui ne nous connaissaient pas. La fondation sera adulte, estime Alain Beretz, lorsqu’elle aura réuni suffisamment de fonds propres pour financer son propre fonctionnement ». Il reste donc du pain sur la planche.

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