Repenser le #financement de l'#enseignement supérieur

Le service public de l’éducation en général et de l’enseignement supérieur en particulier est un élément constitutif des principes fondateurs de notre République. Il doit offrir à nos jeunes, quelle que soit leur origine, des perspectives et un cadre de développement personnel respectueux des valeurs de notre société, et les tirer vers le haut en leur permettant d’exprimer tout leur potentiel. Parce qu’il était notre projet de société, la nation a consenti un effort important en assurant l’égal accès à l’éducation à tous. Je reste attaché, en tant que fonctionnaire, professeur et citoyen, à ce principe républicain. Mais force est de constater que ce généreux principe s’est étiolé au fil du temps, au rythme des difficultés croissantes de notre société et de nos finances publiques.

Source: www.lesechos.fr

La France est un pays qui a un besoin urgent de se réformer, dans un contexte budgétaire très difficile. Voilà l’équation complexe que nous avons à résoudre mais dont la clef passe par le respect d’un certain principe de réalité. La situation actuelle ne permet plus à la France de supporter dans les mêmes termes la promesse de société qui a construit son système éducatif. Mais affirmer cela sans avoir le courage de poser globalement la question du modèle d’organisation et de financement de notre enseignement revient à nous condamner à l’inexorable déclin qui asphyxie des générations entières de jeunes et un pays tout entier.

Pour répondre à ces enjeux, nos établissements doivent se développer. Mais se développer suppose d’investir et l’Etat doit avoir conscience de cette nécessité.

Car, en même temps que l’Etat fait un effort important pour l’enseignement supérieur et la recherche, nous assistons à une diminution silencieuse de nos marges de manoeuvre. La réforme de la taxe d’apprentissage, en application dès 2015, va avoir pour conséquence une diminution de 40 à 60 % des ressources issues de cet impôt. Les contrats de plan Etat-région 2014-2020 sont de fait repoussés d’un an pour un budget très largement en deçà des précédents, ce dont les régions s’inquiètent d’ailleurs.

Dernier avatar de cette dérive, en prévoyant de prélever les fonds de roulement de nos établissements à hauteur de 100 millions d’euros, l’Etat nous condamne à l’immobilisme, voire au non-respect de nos engagements car ces fonds sont largement constitués de ressources propres des établissements, liées à leur développement. Ils sont aujourd’hui le dernier levier disponible de nos politiques d’investissement.

Il est urgent d’invoquer le principe de réalité et de repenser globalement, sans interdits, la question du financement de nos établissements publics d’enseignement supérieur et de recherche.

Il faut optimiser l’affectation des ressources publiques en acceptant une part de financement liée à la performance de nos établissements, ce qui n’est toujours pas le cas aujourd’hui. L’Etat doit également encourager la reconnaissance des établissements d’enseignement supérieur et de recherche en tant qu’opérateurs de premier ordre dans la formation professionnelle.

Nous devons aussi, collectivement, accepter d’ouvrir la question des droits d’inscriptions. Notre pacte républicain s’est construit sur le principe d’égal accès à l’enseignement. Nous avons depuis confondu égal accès et gratuité, égalité et égalitarisme, augmentant in fine les écarts sociaux de nos jeunes générations. Nous devons revenir à des principes méritocratiques d’égalité réelle des chances, l’augmentation des droits d’inscription n’en étant qu’une conséquence, en intégrant une réforme globale des aides sociales aux étudiants.

L’Etat doit être exigeant sur notre utilisation des ressources publiques et nous devons l’aider à l’être, mais il a également le devoir en contrepartie de nous donner de nouvelles marges de manoeuvre pour nous développer, rendre un meilleur service et diversifier nos ressources financières.

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