Quel futur pour l’Université française ?

« Suite au constat fait précédemment ici, on peut s’essayer à un peu de prospective.

On ne cherchera pas d’ailleurs à déterminer si l’évolution est maîtrisée et souhaitée, ou simplement une conséquence inéluctable du fonctionnement actuel, car ainsi que l’a dit un ancien porte-parole de M. Thatcher:

« Many journalists have fallen for the conspiracy theory of government. I do assure you that they would produce more accurate work if they adhered to the cock-up theory.”

Bernard Ingham

Source : EducPros  

Auteur : Guillaume Miquelard-Garnier – Maître de Conférences au Conservatoire National des Arts et Métiers

Quelles conséquences peut-on anticiper de la chute drastique des moyens de financements des projets de recherche, et de la baisse du nombre recrutements d’enseignants-chercheurs, ainsi que des doctorants et des post-doctorants dans les laboratoires ?

Très certainement une concentration des ressources dans quelques laboratoires « d’excellence », situés dans les grandes universités parisiennes ou de province, ainsi que dans quelques grandes écoles à forts moyens et avec une orientation recherche (par exemple les ENS, l’X, l’ESPCI, les ENSI les plus réputées etc).

Cela conduira à une rationalisation de l’offre de formation, déjà évoquée par G. Fioraso, notamment au niveau Master, et une disparition d’un bon nombre de masters orientés recherche, par manque d’étudiants.

Ainsi, on verra probablement apparaître une configuration type College/University telle qu’on la retrouve aux Etats-Unis : dans les « Colleges », on délivre surtout des BSc (équivalent, grosso modo, de notre licence, comme l’a expliqué Paul dans l’article précédent) et ponctuellement quelques MSc (master) mais sur des sujets qui n’appellent alors pas la poursuite d’études vers le PhD (doctorat). Les « Universities », elles, délivrent tous les diplômes de la licence au doctorat, avec, ainsi que l’a souligné Paul, une forte concentration de moyens et d’incitations vers ce dernier (alors souvent « couplé » avec le MSc). Il faut d’ailleurs signaler que cela n’empêche pas que certains Colleges sont extrêmement prestigieux (pour donner un exemple que je connais : Amherst College), et qu’y faire ses études « undergrads » peut être quasiment aussi demandé qu’Harvard (ceci également parce que pour les étudiants américains, il est très courant, voire quasiment obligatoire, d’effectuer BSc puis MSc/PhD dans des établissements différents). Les postes pour les enseignants-chercheurs et les évaluations de ceux-ci sont également adaptés à ces établissements et peuvent aussi être très prisés: charges de cours plus importantes que dans les Universities, activité de recherche réelle mais réduite car principalement basé sur des stages undergrads, et pour laquelle les critères publication/obtention de financements sont plus souples.

Sur nos 75 Universités, on peut imaginer qu’à moyen terme, seule une quinzaine disposera de laboratoires de recherche de qualité internationale, et délivrera des doctorats : en gros une par région, plus les mastodontes franciliens Paris 6, Paris 7, et Paris Saclay. Dans ces Universités, les personnels chercheurs affectés à ces labos bénéficieront de décharges d’enseignement partielles (par exemple, 64 heures équivalent TD à effectuer contre 192 aujourd’hui), et interviendront majoritairement au niveau Master.

Pour le reste, on y délivrera des licences. Les laboratoires accueilleront les stages de L3 de 2 mois, et les enseignants-chercheurs y auront quelque chose se rapprochant d’un double service d’enseignement. La recherche consistera principalement en la sous-traitance pour industriels locaux, via des projets et financements très appliqués type FUI.

A ce compte on pourra envisager la création d’ »universités de proximité », selon le souhait de Thierry Mandon (on compte par exemple 4500 établissements d’enseignement supérieur aux USA , College et Universities, publics et privés, pour 21 millions d’étudiants, contre environ 400 établissements français si l’on somme Grandes Ecoles, Universités, et IUT, pour 2.5 millions d’étudiants).

Le statut d’enseignant-chercheur se verra alors impacté, avec comme on l’a dit, probablement des décharges majeures pour les forts publiants, et des incitations vers l’enseignement à temps plein ou le « service » pour les autres, notamment ceux des Universités « collégisées ».

A priori, les Comue faciliteraient ainsi les mutations des personnels des unes vers les autres…

Personnellement, je ne suis pas persuadé que ce système ne pourrait pas fonctionner (ou plutôt je ne suis pas enclin à m’y opposer farouchement a priori), s’il était bien réfléchi, pleinement assumé, et si les personnels étaient prêts à accepter cette évolution (car, après tout, on peut penser que certains collègues pourraient être tentés par des postes tels que ceux que l’on trouve dans les Colleges américains).

Toutes choses qui relèvent probablement, néanmoins, de l’utopie à l’heure actuelle. Si on y arrive, ce sera donc « par défaut », et gageons que l’on aura encore tous les inconvénients du vieux système français couplés à tous ceux du système anglo-saxon, ce sans aucun des avantages. »

Guillaume Miquelard-Garnier

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