De Buffett à Zuckerberg, une histoire du « philanthrocapitalisme »

Max Chan Zuckerberg, avec ses parents Mark Zuckerberg, fondateur de Facebook, et Priscilla Chan

Max Chan Zuckerberg, avec ses parents Mark Zuckerberg, fondateur de Facebook, et Priscilla Chan

Mark Zuckerberg, le fondateur de Facebook, promet de donner 99% de ses actions à une fondation qu’il crée avec sa femme Priscilla, rejoignant la longue liste des milliardaires philanthropes.

Source : L’Obs par Pierre Haski

C’est un néologisme qui a de l’avenir : «philanthrocapitalisme». Un mix entre la philanthropie, du grec ancien « amoureux du genre humain », et le capitalisme qui, sans être directement l’opposé, ne place pas nécessairement l’amour de son prochain au coeur de ses préoccupations.

Mark Zuckerberg, 31 ans, le fondateur du réseau social Facebook, est le dernier à avoir rejoint la vague « philanthrocapitaliste » de notre époque, en annonçant mardi, avec sa femme Priscilla, qu’il donnerait progressivement 99% de son stock d’actions de Facebook d’une valeur actuelle de… 45 milliards de dollars, à la fondation qui porte le nom du couple, désormais heureux parents d’un bébé fille prénommé Max.

Max Chan Zuckerberg, avec ses parents Mark Zuckerberg, fondateur de Facebook, et Priscilla Chan

Max Chan Zuckerberg, avec ses parents Mark Zuckerberg, fondateur de Facebook, et Priscilla Chan – Mark Zuckerberg via AP/SIPA

Mon nom sur un amphi

L’expression est récente, mais la tradition ancienne, outre-Atlantique, où les grandes fortunes américaines ont développé, dès le XIXe siècle, et tout au long du XXe, le goût des fondations caritatives, éducatives, culturelles, qui portent leur nom ou collent leur patronyme sur des musées, des amphithéâtres, des départements hospitaliers.

Une pratique inspirée des grandes familles de la Renaissance européenne, à laquelle les Américains ont donné une autre dimension dans un pays « neuf » où le rôle de l’Etat est moindre que sur le vieux continent.

Depuis une dizaine d’années, le mouvement a connu un revival, grâce à l’initiative d’un financier septuagénaire de génie, Warren Buffett, aujourd’hui âgé de 85 ans, et qui a annoncé en 2006 qu’il fera don de plus de 80% de sa fortune, alors estimée à 47 milliards de dollars, à la fondation de ses amis Bill et Melinda Gates, autres milliardaires devant l’éternel, dont le budget d’aide à la santé en Afrique ou dans le sous-continent indien dépasse celui de bien des Etats.

Le « giving pledge » de Warren Buffett

En faisant ainsi le plus gros don de l’histoire moderne, Warren Buffett adhère à cette idée très américaine selon laquelle ses enfants n’hériteraient de lui que de quoi bien vivre, ce qui représentera sans doute un montant astronomique pour le commun des mortels, mais pas les dizaines de milliards accumulés en quelques décennies de bonnes affaires, ainsi « rendus » à la société sous la forme d’actions de bienfaisance.

Mais Warren Buffett ne s’est pas arrêté à son geste personnel. En 2010, avec son ami Bill Gates, l’ancien patron de Microsoft, première fortune mondiale, il a convaincu une quarantaine d’autres milliardaires de faire un « giving pledge », un « engagement de don » de leur fortune plutôt que de la léguer à leurs héritiers.

Parmi ceux qui ont mis leur signature au bas de ce « giving pledge » coûteux, figuraient des hommes d’un certain âge, comme l’ancien maire de New York Michael Bloomberg, le fondateur de CNN Ted Turner – qui avait autrefois sauvé l’ONU de la faillite en donnant un milliard de dollars quand Ronald Reagan refusait de payer la part des Etats-Unis –, le cinéaste George Lucas – «  Star Wars  »… –, ou encore le cofondateur de l’éditeur de logiciels Oracle, Larry Ellison.

Evangéliser les milliardaires

Puis, Warren Buffett a pris son bâton de pèlerin philanthrocapitaliste, et a tenté de convertir des milliardaires d’autres pays. En septembre 2010, Bill Gates et Warren Buffett ont ainsi organisé un dîner de milliardaires à Pékin, pour tenter de rallier les nouveaux riches de l’empire du Milieu, le pays qui compte désormais le plus grand nombre de milliardaires en dollars, à la cause de la philanthropie.

Ce dîner, comme nous l’avions rapporté à l’époque, avait été un échec relatif, dans un pays venant tout juste de découvrir la catégorie des super-riches. Mais la graine plantée à cette époque par les deux hommes, surtout Warren Buffett dont la biographie est un « must-read » pour tout apparenti entrepreneur chinois, a eu l’effet escompté.

Le mois dernier, Jack Ma, le fondateur d’Alibaba.com, l’homme le plus riche de Chine, un des participants au dîner de 2010 à Pékin, se trouvait dans une université américaine, interviewé en public par… Jerry Yang, le fondateur de Yahoo ! Et parmi les questions, Jerry Yang l’interrogea sur son action philanthropique, comme si ça allait de soi.

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