Charles Babin veut financer un voilier scientifique avec du crowdfunding.

« Ce bateau, je l’ai aimé dès que je l’ai vu ». Charles Raffin-Caboisse a navigué pendant dix ans sur le Belem. Pendant dix ans, il a donc croisé, à l’embouchure de la Loire, le vieux baliseur Charles Babin. Chargé de l’entretien de la signalisation maritime devant les côtes ligériennes, ce dernier est né en 1949 à Nantes, aux Ateliers et Chantiers de la Loire. A l’origine baptisé Pierre Durepaire – du nom de l’ingénieur ayant organisé le dragage de la Loire pour l’évasion du cuirassé Jean-Bart en 1940 – il fait partie d’une série de six navires commandés par l’administration des Ponts et Chaussées. L’un d’entre eux, l’Emile Allard, est toujours à flot à Dunkerque, depuis son remplacement par le baliseur Haut de France en 2002. Le Charles Babin, lui, a fait tourner ses moteurs Sulzer pendant 64 ans. Il a pu prendre sa retraite en 2013, comme son compère lorientais Roi Gradlon, à l’occasion de l’entrée en flotte du nouveau baliseur Atlantique.

Source : Mer et Marine

Une coque de voilier

« Regardez cette coque, elle a la forme de celles des voiliers ». Le  vaillant navire de 49 mètres de long a été construit pour un usage intensif, « sa grue, avec 6 mètres de déport, soulevait des bouées jusqu’à 18 tonnes, d’où la nécessité d’avoir un gros couple de redressement ». Et donc les formes profilées d’un voilier. « L’idée de lui mettre des voiles ne m’est pas venue tout de suite. J’ai d’abord pensé qu’il fallait absolument garder ce navire dans la flotte, parce qu’il est beau, solide et polyvalent. J’ai ensuite pensé qu’il fallait qu’il continue à naviguer, parce que je pense pas que la place d’un bateau soit dans un musée ».

Des expéditions scientifiques

Un yacht ? Un bateau de croisière privatisable ? « J’ai pensé à tout, mais je n’aime pas l’idée de le réserver à des privilégiés, je voulais qu’il ait une belle mission ». Charles Raffin-Caboisse suit les missions du voilier scientifique Tara, « j’ai trouvé que c’était une très bonne idée que les scientifiques n’embarquent pas comme passagers mais comme membres d’équipage ». Et puis, il y a la voile, bien sûr.

C’est donc décidé, il veut faire du Charles Babin un voilier d’exploration scientifique. Il réfléchit, dessine des plans, rencontre l’équipage, en parle autour de lui et sur le Belem, où lors d’un séminaire d’entreprise le patron d’un groupe industriel lui assure que son projet est pertinent.  Il l’invite à le présenter devant d’autres dirigeants du Sud de la France. L’idée plaît, les soutiens affluent, une association se créé.

(© : MER ET MARINE – VINCENT GROIZELEAU)

Un réamènagement total en trois-mâts barque

« C’est à ce moment-là que je me suis décidé à quitter le Belem pour me consacrer à Tall Ship World Explorer », le nom du projet et, espère-t-il, du futur armement du bateau. Il s’entoure de spécialistes : le groupement naval ligérien Neopolia réalise les études de faisabilité de transformation du baliseur en trois-mâts barque. En tout le devis s’élève à 7 millions d’euros de travaux : exit les Sulzer et les bobines remplacés par un moteur bien plus compact, « ce qui va libérer énormément de place », la grue et la timonerie sont démontées, l’intérieur est entièrement réaménagé, « on ne garde que les cloisons étanches », les ballasts sont remplacés par des gueuses, le gaillard d’avant est rehaussé pour pouvoir y stocker du matériel, une dunette est créée à l’arrière, un laboratoire est installé à l’intérieur, « à l’extérieur, nous prévoyons un labo humide en conteneur pré-équipé à la demande ». Et pour avancer, il va falloir toiler : « entre 1500 et 1800 m2 de voile avec un gréement assisté ».

(© MER ET MARINE – VINCENT GROIZELEAU)

Le cahier des charges est prêt « jusqu’au dernier écrou » et les organismes scientifiques, avec notamment le CNRS, ont déjà montré leur intérêt. « Nous pourrons embarquer de 15 à 20 scientifiques, sur des campagnes longues puisque le bateau autorise une autonomie importante ».

Une campagne de financement participatif

Reste le financement. Le bateau, qui est actuellement la propriété des Domaines, va être mis en vente dans quelques semaines. Charles Raffin-Caboisse est donc actuellement en train de réunir des fonds, en lançant notamment une campagne de financement participatif sur la plateforme kisskissbankbank, et aimerait également trouver un « mécène au long-cours ».

« Une fois le bateau acheté, nous pourrons envisager le financement des travaux. Tout se fera ici, c’est important que le bateau reste dans le patrimoine nazairien ».  Et, après, on verra peut-être le retour en flotte, sous pavillon français et avec 17 marins à bord, d’un tout nouveau Charles Babin.

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