Cancer : la recherche française séduit les industriels étrangers

La réputation mondiale Marseille Immunopôle attiré Merck MSD.

MSDAvenir, le fonds de la filiale française, va investir 5,4 millions à Marseille Immunopôle.

Source : Les Échos par Catherine Ducruet

Ce n’est pas tous les jours qu’un laboratoire pharmaceutique investit 5,4 millions d’euros dans la recherche médicale française, « sans retour programmé immédiat » pour lui. C’est pourtant ce que va faire le laboratoire américain Merck, dénommé « MSD » en France, à travers le fonds MSDAvenir, doté de 75 millions d’euros à investir sur trois ans en France dans les sciences du vivant.

Merck n’est pas le seul laboratoire à avoir identifié la qualité de la recherche publique française en cancérologie. Roche, le numéro un mondial du domaine et adepte depuis plus de vingt ans de l’externalisation de la recherche, dispose à travers l’Institut Roche de près de 40 programmes scientifiques en cours en cancérologie, auxquels il consacre entre 4 et 6 millions chaque année. Mais il s’agit de partenariats, où Roche a donc son mot à dire. La Fondation BMS pour la recherche en immuno-oncologie, créée cette année par l’américain BMS et qui dispose d’une cagnotte de 7,5 millions d’euros sur cinq ans, est plus proche de MSDAvenir, même si son objet va au-delà de la recherche fondamentale. L’originalité de la démarche de Merck n’a, en tout cas, pas échappé aux pouvoirs publics : la ministre de la Santé, Marisol Touraine, et le secrétaire d’Etat à l’Enseignement supérieur et à la Recherche, Thierry Mandon, ont assisté, ce lundi, à la signature de l’accord entre MSDAvenir et l’Inserm.

Les bénéficiaires de cette manne seront des laboratoires Inserm : celui de Marseille Immunopôle, institut « hors les murs » qui réunit dans un périmètre géographique restreint toutes les compétences nécessaires à l’innovation thérapeutique : une université, des laboratoires académiques Inserm et CNRS, des centres d’innovation technologique, quatre hôpitaux, le pôle de compétitivité Eurobiomed et des sociétés.

Questions fondamentales

« C’est l’aspect de « cluster » de Marseille Immunopôle et la réputation mondiale du site en matière de recherche fondamentale en immunologie qui nous ont attirés, explique Cyril Schiever, président de MSD et de MSDAvenir. Notre actuel directeur de la recherche monde, Roger Perlmutter, connaît depuis de nombreuses années Eric Vivier et Bernard Malissen, qui vont piloter les cinq projets financés par MSDAvenir. »

« L’immunothérapie, qui révolu tionne actuellement le traitement du cancer, recèle encore de nombreuses zones d’ombre, observe Eric Vivier. Explorer certaines d’entre elles sera l’objectif de ces programmes. » Ils tenteront d’expliquer pourquoi l’immunothérapie n’est pas efficace pour certaines tumeurs ou patients, pourquoi certaines combinaisons de traitements fonctionnent et d’autres pas. S’il s’agit de questions fondamentales, on voit bien aussi l’intérêt qu’elles présentent pour un laboratoire comme Merck, qui a lancé une des nouvelles molécules phare d’immunothérapie, le Keytruda, pour traiter le mélanome et le cancer du poumon. MSD devrait d’ailleurs répliquer sa démarche à d’autres aires thérapeutiques comme les neurosciences, sachant qu’il dispose déjà d’un accord avec l’Institut Pasteur pour l’étude des résistances aux antibiotiques et avec l’ANRS sur les mécanismes de contrôle de l’infection par le VIH.

Longtemps réputé pour la puissance de sa recherche interne, Merck a vu comme beaucoup d’autres laboratoires sa R & D se tarir. Il a compris qu’il ne pouvait rivaliser avec la recherche académique mondiale et préfère désormais confier aux meilleurs laboratoires le soin de réaliser la recherche fondamentale qu’il ne fait plus lui-même.

Catherine Ducruet, Les Echos
Les chiffres clefs

75 millions d’euros

vont être dépensés par Merck en trois ans dans des programmes de recherche fondamentale sans retour programmé immédiat.

40 millions d’euros

ont été investis depuis 2009 par Roche dans des partenariats avec la recherche publique française, dans le but d’accélérer la transformation des découvertes fondamentales en matière de traitement.

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