ESC Clermont : 3 millions d’euros à trouver pour un retour à l’équilibre

Selon le président de l'école, Yves Jamon, le retour à l'équilibre est prévu pour la rentrée 2018. // © ESC Clermont

En pleines élections consulaires, un élu de la CCI du Puy-de-Dôme relance la polémique sur les difficultés financières de l’ESC Clermont. Et force la direction à monter au créneau pour défendre son plan de redressement.

Source : L’Étudiant par Cécile Peltier

Une subvention de 1.2 million d’euros. C’est le montant de l’enveloppe, votée à l’unanimité, « sauf un contre et deux abstentions », par la CCI (Chambre de commerce et d’industrie) du Puy-de-Dôme, au bénéfice de l’ESC Clermont, à l’occasion de la dernière assemblée générale de la mandature, qui a mis le feu aux poudres, le 17 octobre 2016.

Alors que les candidats à l’élection consulaire ont affirmé dans leur profession de foi leur soutien à l’école de management, Bernard Perrin, le trésorier de la chambre territoriale, qui ne se représente pas, a expliqué, dans une interview au journal de l’éco.fr, pourquoi la chambre n’avait plus les moyens de soutenir l’établissement.

Contacté par EducPros, l’élu, qui se défend de toute « polémique », persiste et signe : « Je suis un peu inquiet du consensus mou qui règne et j’ai voulu exposer mon point de vue, sans agressivité. Je fais partie des gens qui veulent sauver cette école, mais pas de cette manière. Après la sortie de FBS (France business school), la CCI lui a versé 4,144 millions d’euros [de dotation exceptionnelle] pour l’aider à repartir. Lors de la dernière assemblée générale, il a été annoncé que l’établissement rencontrerait à nouveau des difficultés de trésorerie dès février [2017]. En lui octroyant une nouvelle aide, nous ne faisons que repousser le problème. L’ESC va continuer de perdre entre 2 et 3 millions d’euros par an, et la CCI de payer, sauf qu’elle n’en a plus les moyens… » assure l’élu.

D’après la Chambre, l’aide supplémentaire de 1,2 million d’euros doit permettre de couvrir les charges exceptionnelles liées à la liquidation de FBS assumées par l’école (règlement de fournisseurs de FBS, travaux, ticket de retour dans les banques d’épreuves, etc.).

« LA MÉCANIQUE EST CASSéE »

Malgré le plan de redressement, les dégâts causés par FBS sont, à en croire Bernard Perrin, trop profonds pour permettre à l’école de « remonter la pente ». « Il suffit de voir les derniers recrutements d’élèves de classes prépas au Sigem [système de gestion centralisée des intégrations] pour comprendre que la mécanique est cassée. On compense avec du Bachelor, mais la vitrine d’une école reste son programme grande école, et quand je vois que des établissements plus cotés ont du mal à faire le plein, je pense que l’avenir de l’ESC Clermont passe d’une manière ou d’une autre par l’adossement à un autre établissement, poursuit-il. Si nous voulons rester dans la cour des grands, nous n’y arriverons pas seuls. »

Inutile de dire que la prise de position de ce franc-tireur n’a pas été du goût de la direction de l’école, ni même de la CCI, qui se démènent pour redorer le blason de son établissement et préserver son autonomie.

« La Chambre a pris ses responsabilités en décidant d’injecter de l’argent et en nous soutenant. Que le trésorier de la Chambre prenne position sur les finances de la CCI est normal, mais qu’il commente la situation de l’école, en faisant un amalgame avec le coût total de FBS et réduise la situation actuelle aux derniers chiffres du Sigem est plus gênant… » s’agace la directrice de l’ESC Clermont, Françoise Roudier.

UNE LECTURE TROP « CATASTROPHISTE » ?

« Bernard Perrin ne connaît pas bien l’école », ajoute Yves Jamon, président de l’école, vice-président de la CCI 63, et candidat à sa réélection. En période électorale, c’est lui que les responsables de la chambre, invoquant un « devoir de réserve » ont missionné pour défendre, sous sa casquette de président, la stratégie de refondation de la business school.

Plus que les chiffres avancés par le trésorier de la chambre, Françoise Roudier et Yves Jamon réfutent la lecture « catastrophiste » qui en est faite : « On a l’impression que Bernard Perrin découvre l’eau chaude, mais tout le monde sait que, depuis la fin de FBS, l’école équilibre son budget grâce aux aides de la CCI. C’est transitoire. Il n’y a aucune raison de tirer la sonnette d’alarme, nous avons un plan nous permettant d’envisager sereinement un retour à l’équilibre hors subventions pour fin 2018″, assure la directrice.

« TROIS MILLIONS D’EUROS » À TROUVER D’ICI À 2018

Yves Jamon enfonce le clou : « Dire que la chambre n’aura plus les moyens, à terme de nous soutenir de manière conséquente, c’est vrai, mais dire que l’école sera sous perfusion, c’est faux. Bernard Perrin est un comptable, il veut donner l’école. Moi, je suis un entrepreneur et je veux me battre. Nous ne sommes pas sortis du tunnel, mais nous voyons le jour », poursuit Yves Jamon, rappelant le soutien indéfectible des géants locaux, comme Michelin ou Limagrain.

Le président de l’association chiffre à 3 millions d’euros sur les exercices 2016-2017 et 2017-2018 la somme nécessaire pour atteindre le retour à l’équilibre, prévu pour la rentrée 2018, « sans subvention exceptionnelle ». « Nous pouvons espérer apporter la moitié grâce à notre activité », indique Yves Jamon. Comment ? L’école mise sur les recettes générées par la relance des recrutements.

Avec 453 nouveaux élèves intégrés cette année, contre 255 l’année dernière, les objectifs sont atteints. Le retour dans les banques d’épreuves (BCE et plus récemment Passerelle et Atout+3), suite à la récupération de ses labels (grade de master, puis réaccréditation AACSB), devrait permettre de gagner en visibilité. Elle table aussi sur le développement de nouveaux programmes – un second Bachelor, des MSc… –, la croissance de la formation continue ou le développement de l’alternance en Bachelor et en master.

VERS LA CRÉATION D’une EESC

Quant aux 1,5 million d’euros restants, ils pourraient provenir de la taxe d’apprentissage, de la fondation grâce à laquelle l’école assure avoir levé 300.000 euros auprès de ses entreprises partenaires, le financement public ou privé d’activités, à distinguer des subventions sans contreparties, et du mécénat.

Et pourquoi pas, à partir de début 2018, un emprunt souscrit dans le cadre d’une EESC (établissement d’enseignement supérieur consulaire), avec une prise de capital de la CCIT [chambre de commerce et d’industrie territoriale] et d’autres partenaires (entreprises, collectivités…) ? Courage ? Excès d’optimisme ? L’avenir le dira. En ces temps troublés, l’école n’avait pas besoin de cette nouvelle publicité…


Vers un changement de tête à la CCI
Partout en France, les élections consulaires battent leur plein. Dans le Puy-de-Dôme, les membres ont jusqu’au 2 novembre pour élire leurs représentants à la CCIT, dont une partie siégera au sein de la CCI-Région Auvergne-Rhône-Alpes, qui remplacera, au 1er janvier 2017, la CCI Auvergne. La nouvelle équipe qui sortira des urnes sera constituée lors de l’assemblée générale du 21 novembre.
D’ici là, la direction de l’ESC Clermont ne s’inquiète pas. Sur les candidats au bureau de la CCIT (liste CGPME-Medef), plusieurs siègent déjà dans ses instances gouvernance, parmi lesquels Yves Jamon, qui souhaite également rester président de l’école.
Une question toutefois : avec le passage à la grande région, le Puy-de-Dôme parviendra-t-il à sanctuariser la dotation annuelle de 1,6 million d’euros dévolue à son école ? Sur le sujet, les avis divergent. Si pour Bernard Perrin c’est « non », pour Yves Jamon, la réponse est « oui » : « Les CCIT gardent leur indépendance… ». Dont acte.
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