Des lunettes pour l’ANDRA

Des lunettes pour l’ANDRA

L’ANDRA, notre agence nationale des déchets radioactifs, se révèle être un grand pourvoyeur de fonds, satisfaisant ainsi bon nombre d’élus en quête désespérée de financement. C’est tout autant un grand mécène de la recherche scientifique. On ne compte plus le nombre de thèses et de publications géologiques liées à son extrême générosité. Des esprits chagrins cependant s’en inquiètent, laissant planer le doute sur l’intégrité de certains résultats. Ces mêmes esprits accusent notre agence d’acheter le silence de la communauté scientifique.

Qu’en est-il exactement ?

Prenons le cas d’une de ses dernière publication, présentée à Caen en octobre 2016. Elle portait sur l’origine des déformations quaternaires en Champagne méridionale. Pourquoi faire cette étude alors même que le sujet avait déjà été abordé dans le bulletin de la société géologique de France, en 2007, avec des conclusions identiques : « nos déformations ne sont liées qu’au dégel du sol, après le recul des glaciers sur l’Europe du nord, il y a 16000 ans ». Pour enfoncer le clou sans doute et nous faire comprendre que les risques de gros séismes n’existent pas.

L’EDF n’a cependant rien compris, qui termine sur son site de Nogent-sur-Seine la création d’un centre de crise local résistant aux séismes.

Regardons d’un peu plus près la dernière présentation scientifique de l’Agence. On y est déjà étonné de constater l’absence d’indication des deux petits séismes locaux, de Viapres et Nogent (1966 et 1967). Ces deux séismes cependant sont indiqués dans un document cité par l’ANDRA dans son article (CEA, CNRS (2015) – Instrumental seismicity of Metropolitan France, 1962-2009. SI-Hex: a new catalogue of instrumental seismicity for metropolitan France).

Les déformations plus récentes, visibles entre 2010 et 2013, à Sauvage sont occultés (hal-01389133, version 2). Le mécène de l’Est aubois n’avait sans doute plus assez d’argent pour y envoyer ses géologues y jeter un oeil. Ces mêmes géologues de la dite Agence, pas un instant, n’imaginent qu’un gros séisme ait pu se produire, il y a dix mille ans ou moins, aux portes de Romilly sur Seine. Pas un ne songe que des éjections de sables dans la vallée de la Meuse, à 250 km au Nord sont liés à des séismes. Les mêmes, à côté de Romilly-sur-Seine, sont dues à la fonte des glaces. Que le cours de la Seine, en aval de Méry-sur-Seine soit juxtaposé à celui d’un gros accident géologique (faille de Vittel) sur plus de dix km n’est (pour l’ANDRA) qu’un fait aléatoire. Et si des terrains récents sont affectés, seul l’homme en est coupable… On parle alors de « désordres anthropiques ». Voilà le discours de notre généreux gestionnaire de déchets radioactifs.

Une question se pose alors : pourquoi l’EDF, en relation avec la faculté de Bordeaux, de Caen et de Québec, fait réaliser une thèse 1 pour différencier les troubles glaciaires de ceux liés à un gros tremblement de terre ? Pourquoi l’EDF ne fait pas confiance aux conclusions de l’agence du Soulainois ?

Faut-il admettre que l’ANDRA ne voit pas clair. À moins qu’il n’y ait quelque chose de pourri dans ce royaume… J’oubliais : la faille de Vittel passe non loin de Soulaines et de Bure.

1 – Proposition de sujet de thèse = UMR CNRS 6143 M2C / Université de Caen-Normandie

Titre = Déformations du sol d’origine périglaciaire et co-sismique : apport de la modélisation physique à leur comparaison.

Laboratoire lieu de la thèse = M2C, Université de Caen-Normandie, France

Laboratoires participants = PACEA, Université de Bordeaux, France

EDF – DIPNN-CEIDRE, Aix-en-Provence, France – CEN – Université de Laval, Québec, Canada

Fait à Troyes, le 22 décembre 2016

Pierre Benoit – Docteur en Pharmacie – Hydrogéologue, expert au près des Tribunaux   bp.cfa.pharmacie.troyes@orange.fr

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