Le financement participatif doit s’adapter pour éviter la crise

LE CERCLE/POINT DE VUE – Le crowdfunding subit ses premières secousses. Remettons à plat certains de ses modèles pour consolider ses fondations. (Par Mihaela Bonescu et Laurence Attuel-Mendès)

Source: Les Echos 

Les scandales fleurissent tous les jours. Aucun secteur ne semble épargné. Celui du crowdfunding, longtemps ménagé en raison de sa jeunesse, vient de subir ses premiers tourments.

Premiers déboires en janvier dans le segment de l’immobilier (pour le groupe Terlat, financé sur Wiseed et Anaxago, deux poids lourds du secteur) ou critique plus générale du système par l’UFC-Que Choisir fin février. Selon l’association de défense des consommateurs, les hypothèses de gains seraient surévaluées et les risques pris par les épargnants minimisés.

Moins d’engouement

On sait pourtant que l’évaluation des bénéfices espérés par les investisseurs n’est pas leur seul moteur. La dimension éthique et morale de ce type de placement financier est également présente aux côtés de celle toute contemporaine, à la fois responsable et ludique, du crowdfunding.

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Il n’en reste pas moins vrai que l’engouement pour le secteur semble parallèlement se tasser, avec une croissance de « seulement » 40% entre 2015 et 2016, alors qu’elle doublait tous les ans auparavant selon le baromètre 2016 du crowdfunding, réalisé par KPMG pour l’association Financement participatif France.

Partenariats et relations clients

Pour autant, comme partout, il faut faire preuve de mesure. Inutile de prévoir de grand nettoyage, une simple mise à plat des modèles questionnés permet d’envisager des adaptations saines et pertinentes pour un secteur qui approche de la maturité.

Une étude récente de la Chaire Banque Populaire en Microfinance de Burgundy School of Business a ainsi mis en avant les facteurs clés de succès des plateformes d’investissement en capital, secteur risqué par excellence.

Afin d’être capables de mieux résister aux aléas du marché et de garder la confiance des clients et investisseurs, les plate-formes doivent s’appuyer sur des partenariats bien choisis auprès d’experts financiers, de banques et de business angels.

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Ils leur apporteront crédibilité et optimisation des services proposés et permettront de réduire les risques et l’incertitude. Ainsi, elles partageraient la responsabilité et minimiseraient les griefs de leurs détracteurs.

La relation avec les clients, elle, doit être travaillée sur la base d’un accompagnement différencié selon le type de plateforme. À celui, indispensable, à destination des porteurs de projet, s’ajoute un accompagnement personnalisé des investisseurs pour les plate-formes à ticket d’entrée élevé.

Également, un suivi par les investisseurs eux-mêmes semble nécessaire au sein de la communauté de marque des plateformes plus accessibles financièrement.

Flux de revenus et activités clés

À l’instar des plus performantes d’entre elles, les plateformes doivent également faire participer financièrement à leur flux de revenus, à la fois les porteurs de projet et les investisseurs, en corrélation avec la réussite du projet et le montant de la levée de fonds.

Ainsi, elles les responsabiliseront davantage et leur feront saisir le risque qu’ils prennent ainsi que leur rôle dans la soutenabilité financière des différents acteurs de ce mode complémentaire de financement.

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Enfin, un ciblage fin des projets, validé par des experts (internes, externes à la plateforme voire par la communauté d’investisseurs), permet une meilleure identification des projets prometteurs et une mutualisation des risques chère au législateur et aux associations de protection des consommateurs.

La multiplicité de ces projets, la diversification du portefeuille d’activités clés et des clients permettent un essaimage qui accentue la notoriété et la sécurisation de ces nouveaux acteurs du financement, et par conséquent le recrutement plus sûr de nouveaux investisseurs.

La conjonction de tous ces facteurs clés de succès permettra une meilleure levée de fonds par les plateformes. Grâce à la confiance engendrée notamment sur les compétences en matière de gestion des risques, mais aussi grâce à la fidélisation des investisseurs par une communication efficace et adaptée à la co-création de valeur générée par cette nouvelle communauté d’acteurs.

Plutôt que de rompre sous la pression médiatique, le roseau de la finance pourra user de sa souplesse naturelle pour continuer à jouer son rôle salvateur de soutien à l’entrepreneuriat.

Laurence Attuel-Mendès et Mihaela Bonescu, sont professeures associées à Burgundy School of Business

 

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