Imagine, des médecins du monde entier au cœur de Paris

LES ATOUTS DE LA FRANCE : UNE FRANCE QUI PARTAGE (3/5). Tout au long de la semaine, « La Croix » revient sur cette France qui favorise les rencontres et se nourrit des différences.

En plein centre de Paris, le nouvel Institut des maladies génétiques Imagine brille par son excellence et attire patients et chercheurs étrangers.

Une énorme étrave de paquebot entièrement vitrée à l’intersection du boulevard du Montparnasse et de la rue de Sèvres à Paris, menant à l’hôpital Necker-Enfants malades : c’est ainsi qu’apparaît Imagine, l’Institut des maladies génétiques. Mais une fois entré, on est immédiatement projeté dans un lieu inédit, à la fois hôpital, centre de recherche et méga-service de consultations. Le tout dans une ambiance bon enfant, multilingue, sans odeurs de produits antiseptiques, et animés par des gens plutôt souriants.

Au cœur de ce bâtiment dessiné par Jean Nouvel et Bernard Valéro, un jardin d’hiver avec plantes vertes et bacs de jouets pour enfants donne, au rez-de-chaussée, sur une dizaine de cabinets de consultations où les médecins-chercheurs reçoivent les patients. Au-dessus, sur une demi-douzaine d’étages, les laboratoires de recherche, très lumineux grâce à de grandes baies vitrées, donnent tous sur des balcons surplombant le jardin intérieur.

« Au sein de chaque laboratoire, plusieurs langues peuvent se faire entendre, mais c’est l’anglais qui prime. C’est la langue la plus employée dans les revues, les congrès ou les réunions à distance via Internet (l’application Skype) entre scientifiques de divers pays », assure Marina Cavazzana, Italienne née à Venise, arrivée en France voici trente ans. Coauteur de deux grandes corrections de gènes réussies – le déficit immunitaire des « bébés bulles » avec Alain Fischer et Salima Hacein-Bey-Abina dans les années 2000 ; puis une maladie du sang, la drépanocytose, chez un enfant, avec Philippe Leboulch en 2014 – Marina Cavazzana est aujourd’hui codirectrice du laboratoire de lympho-hématopoïèse. « D’ailleurs la plupart des aide-mémoire collés un peu partout sur les appareils ou sur les bocaux de réactifs chimiques sont griffonnés en anglais »,poursuit-elle.

9 000 maladies génétiques prises en charge
C’est donc dans ce lieu, futuriste et international, qu’est née une démarche radicalement nouvelle de pratiquer la médecine humaine : réunir et faire travailler main dans la main, sous le même toit, médecins consultants, chercheurs biologistes et patients, ces derniers étant à deux pas de l’hôpital Necker s’ils doivent être hospitalisés. En tout 25 laboratoires, spécialisés notamment sur les maladies du sang, du cœur, du rein, du muscle ou du système nerveux, avec, Enfants malades oblige, une prédominance pour la pédiatrie.

« En 2016, nous avons réalisé 32 000 consultations d’enfants qui nous étaient envoyés par leur médecin, 20 % venant de la région Île-de-France et 80 % des autres régions françaises ou de l’étranger », observe Stanislas Lyonnet, professeur de génétique à l’université Paris-Descartes et directeur d’Imagine, qu’il dirige depuis 2016, à la suite d’Alain Fischer. Fort de ses 850 médecins, chercheurs et personnels, le pôle d’excellence Imagine s’efforce de diagnostiquer et de prendre en charge 9 000 maladies génétiques (dont 7 000 rares), 90 % ne disposant pas de traitement curatif.

La réputation de l’Institut des maladies génétiques à l’étranger auprès des patients a eu pour effet d’attirer les meilleurs chercheurs. En janvier 2016, Imagine employait 77 % de Français et 23 % d’étrangers – 14 % d’Européens et 9 % de non-Européens. Le conseil scientifique, présidé par l’Américaine (d’origine australienne) Elizabeth Blackburn, prix Nobel 2009, est très international et comprend huit étrangers sur neuf membres.

Les meilleurs chercheurs, dans les meilleures conditions
« Ouvrir et attirer les meilleurs chercheurs étrangers a toujours fait partie de nos objectifs, insiste Stanislas Lyonnet. Un souhait d’autant plus fort que, même entre Européens, nous avons des cultures différentes et des approches cognitives variées, ce qui, in fine, facilite l’émergence de nouvelles idées. »

L’institut a récemment recruté plusieurs chercheurs étrangers de haut niveau. Matias Simons, professeur de biologie du développement formé à l’université de Fribourg-en-Brisgau (Allemagne), vient de prendre les rênes du laboratoire « Epithelial biology and disease », spécialisé dans les maladies génétiques rénales. Le Britannique Yanick Crow, professeur de génétique à l’université de Manchester, dirige depuis peu le laboratoire de neurogénétique et neuro-inflammation. L’Espagnol Antonio Rausell, formé à l’université de Madrid et ayant fait de la recherche aux universités de Lausanne et du Luxembourg, anime dorénavant le laboratoire de bio-informatique clinique.

« Le plus court chemin entre la paillasse et le lit »
Pour les médecins et chercheurs, l’organisation d’Imagine présente des avantages. « C’est un lieu unique, où les consultations ont lieu au rez-de-chaussée, les prises de sang et autres prélèvements dans l’hôpital attenant, ce qui permet de rassembler les patients ayant des maladies rares. Cette disposition nous incite à travailler plus efficacement et à publier plus rapidement, explique Isabelle André-Schmutz, du laboratoire de lympho-hématopoïèse. Imagine n’a pas d’équivalent en Europe. Avec cet environnement, nous empruntons le plus court chemin entre la paillasse du chercheur et le lit du malade. »

Pour en faire un lieu de recherche international attractif, il faut aussi y intégrer les industriels de la pharmacie. Imagine collabore avec GSK (Royaume-Uni) ou Bluebird bio (États-Unis) et avec le français Cellectis. « Ce sont de véritables partenariats où chacun apprend de l’autre, sans chercher à s’accaparer le savoir de l’autre, insiste Marina Cavazzana.

« On assiste ces dernières années à un changement de mentalité », confirme Isabelle André-Schmutz. Imagine a même accueilli dans ses murs une vingtaine de chercheurs d’Alexion, une société de biotechnologie américaine. À la satisfaction de tous et pour forcer l’imaginaire…

Une fondation flexible et efficace

Créé en 2007, Imagine, Institut des maladies génétiques, a rassemblé ses 25 laboratoires et plateformes technologiques (génomique, imagerie, transfert de gènes, banque d’ADN) dans le bâtiment Jean Nouvel en 2014.

Juridiquement, c’est une fondation de coopération scientifique, de droit privé à but non lucratif, soumise aux règles des fondations d’utilité publique, selon la loi pour la recherche de 2006.

Elle a six membres fondateurs : l’AP-HP, l’Inserm, l’université Paris-Descartes, l’Association française contre les myopathies, la Fondation Hôpitaux de Paris-Hôpitaux de France et la mairie de Paris.

Imagine dispose d’une grande flexibilité administrative et peut, contrairement aux organismes publics, créer rapidement un poste ou acheter un appareil.

Source : LA CROIX

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