Yaële Aferiat : « Partout où le fundraising s’est développé, c’est qu’une nomination a eu lieu »

Depuis la loi LRU il y a dix ans, le fundraising se structure dans l’enseignement supérieur. Si le secteur se professionnalise peu à peu, Yaële Aferiat, directrice de l’AFF (Association française des fundraisers), juge que les directions des universités et des grandes écoles ne se sont pas encore massivement saisies du sujet. Entretien en amont de la conférence EducPros du 28 septembre.

Comment jugez-vous l’évolution du fundraising dans l’enseignement supérieur depuis dix ans ?

Il y a dix ans exactement était adoptée la loi LRU, relative aux libertés et responsabilités des universités. À cette époque, le fundraising dans l’enseignement supérieur en France partait de presque rien, même si sporadiquement, quelques structures, comme l’université catholique de Lille, s’étaient lancées dans la démarche.

À partir de 2007, le phénomène s’accélère, il est davantage visible. Cela s’est traduit par la création rapide de multiples structures dédiées – les fondations – au sein des écoles et des universités. En dix ans, la dynamique de l’enseignement supérieur en matière de fundraising n’a rien à envier aux autres secteurs. Dans les ONG par exemple, la même avancée a pris 25 ans.

Quelles leçons peut-on tirer de ces dix ans d’évolution ?

Dans l’engouement des débuts, certaines ambitions étaient démesurées. Les moyens n’étaient pas mis en face d’objectifs clairs ; on pensait qu’il suffisait de créer une fondation pour que les fonds arrivent. Le changement de paradigme qu’implique le mécénat n’avait pas encore été intégré ; cela a été une déception pour plusieurs établissements.

En revanche, d’autres – tels que les universités de Strasbourg et de Bordeaux, l’École centrale, Polytechnique, HEC ou encore l’Insa de Lyon – ont commencé tôt à se structurer professionnellement et à se faire accompagner par des agences spécialisées.

Les cibles des fundraisers de l’enseignement supérieur ont-elles changé ?
Au départ, la stratégie était orientée uniquement vers les entreprises. Puis, certains établissements ont ouvert la voie aux grands donateurs particuliers avec des campagnes marquantes, comme celles d’HEC ou de l’École polytechnique. Aujourd’hui, on s’attelle à un sujet délaissé – les alumni – qui restait jusque-là le parent pauvre du fundraising dans l’enseignement supérieur.

Comment intégrer les alumni à la stratégie de levée de fonds ?

C’est d’avoir une vision intégrée qui mêle alumni, fondation, projet d’école, etc. L’écosystème est complexe : les associations d’anciens sont souvent des entités indépendantes de la fondation et de l’école ; elles n’ont ni les mêmes bases de données, ni les mêmes objectifs. Dans les universités, c’est un sujet tout nouveau, les associations d’anciens n’existent que très rarement.

L’université de Strasbourg a choisi de ne pas intégrer ce sujet à la fondation pour ne pas limiter la relation aux alumni à une question d’argent. Or, avec du recul, que nous disent les Anglo-saxons qui ont testé ce modèle ? Que si c’était à refaire, ils ne sépareraient pas les deux activités ! Les Anglo-saxons parlent d’ailleurs d' »advancement », une notion qui intègre alumni, communication, marketing et fundraising. La question pour les Français est désormais : comment décloisonner les sujets, les mettre en synergie avec une vision partagée, et savoir qui la porte ?

« Les associations d’anciens sont souvent des entités indépendantes de la fondation et de l’école ; elles n’ont ni les mêmes bases de données, ni les mêmes objectifs. »

Vous voulez dire que la question de la gouvernance doit être posée ?

Elle est primordiale ! Le fossé s’est agrandi entre ceux qui ont une démarche intégrée et les autres. Et pour porter cette démarche, il faut une vision incarnée. Partout où le fundraising s’est développé, notamment vers les alumni, c’est qu’un recrutement ou une nomination a eu lieu. Je pense à Peter Todd qui dirige HEC, un Canadien expert en fundraising et n’ayant aucun complexe en la matière ; à Hervé Biausser à Centrale ; à François Bourguignon qui a dirigé l’EHESS ; à Laurent Batsch à l’université Paris-Dauphine.

C’est une affaire de personnes. Récemment, le président de l’université de Bordeaux me disait avoir beaucoup appris auprès de Jean-René Fourtou, qui avait présidé la fondation de l’université de Bordeaux entre 2009 et 2014 ; cet homme d’affaires lui avait transmis des façons de faire qui lui servent dans son métier de président, notamment dans ses relations avec de grands chefs d’entreprise.

Quels sont les enjeux de la collecte de fonds dans l’enseignement supérieur dans les années à venir ?

Le premier sera la professionnalisation : il faut former, sensibiliser, recruter pour intégrer ces compétences aux gouvernances. Le second sera le développement du fundraising à l’international ; c’est un phénomène allant de pair avec l’internationalisation de l’offre. L’UPMC vient ainsi d’organiser une réunion avec d’anciens élèves… à Washington. C’est prometteur…

SOURCE : L ETUDIANT

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