Un robot signe l’acte de naissance de la nouvelle chaire « Art & Sciences »

La première chaire « Art & Sciences » d’Europe est destinée à nouer des liens créatifs entre artistes et chercheurs.

C’est une première. Dans l’ambiance solennelle de l’historique Salle des Actes de l’Institut Pasteur, ce 27 septembre 2017, les flashs crépitent. L’assistance bruisse et s’avance vers la table à laquelle les représentants de maisons prestigieuses sont installés : Jean-Bernard Lartigue, délégué général de la fondation de l’Ecole Polytechnique, Edouard Husson, vice-président de l’université Paris Sciences & Lettres (PSL), Marc Partouche, directeur de l’Ecole nationale supérieure des arts décoratifs (Ensad), Marina Nahmias présidente de la Fondation Daniel et Nina Carasso. Le public s’enhardit, les plus audacieux presque à genoux pour immortaliser l’instant. L’événement mérite attention : la création de la première chaire Art & Sciences* d’Europe, destinée à nouer des liens créatifs entre artistes et chercheurs, sous l’égide de ces institutions, va être officialisée par une signature. Mais la star, c’est lui : le robot rouge qui paraphe en toute légalité juridique cet acte de naissance à la place d’un absent de taille, Jacques Biot, président de l’Ecole Polytechnique. Evénement dans l’événement, la prouesse de la machine porte un nom,  » Seing Performance « , et a été concoctée par les équipes de recherche de l’Ensad et de PSL.

Arts et sciences, un malentendu fructueux

La surprenante et hautement symbolique performance de la machine venait conclure la présentation de la toute nouvelle chaire, et tenait lieu en quelque sorte de déclaration d’intention des parties prenantes :  » Développer une compréhension hybride de notre monde actuel, complexe et en rapide évolution, en faisant dialoguer le sensible et l’objectif, l’art et les sciences. «  En d’autres mots, ceux prononcés par le philosophe des sciences Jens Hauser lors de son élocution, le binôme art et sciences est un « malentendu fructueux, un tournant linguistique et épistémologique « . Quant à Marina Nahmias, fille du fondateur de Danone Daniel Carasso, elle avait cité Gilles Deleuze :  » L’art et la science sont ainsi des lignes mélodiques étrangères les unes aux autres mais qui ne cessent d’interférer « . Sa fondation est engagée depuis des années dans le domaine de l’alimentation durable et de l’art citoyen et son alliance avec les grandes écoles françaises scelle une ambition commune : soutenir tant la recherche et la création, grâce à des appels à projets qui depuis 2015 réunissent artistes et scientifiques, que la formation, par le biais notamment de cursus ou d’activités de laboratoires spécifiques. Tels le doctorat SACRe (Sciences Art Création Recherche) institué par l’Ensad, ou le Labfactory co-fondé par Jean-Marc Chomaz, artiste physicien à Polytechnique.

L’installation Misty Way.

A l’appui des déclarations, quelques réalisations de binômes hybrides ont été présentées au public réuni à l’Institut Pasteur, parmi lesquels le  » Nephélographe-impression de brouillard « , de la plasticienne Ana Rewakowitz et de la physicienne Camille Duprat, une installation qui souffle un nuage que l’on peut sculpter afin de former des lettres, ainsi que leur  » Misty Way  » (voir photo ci-dessus) inspirée par la problématique de la collecte de l’eau dans laquelle des gouttelettes lumineuses capturées par une caméra rapide sont projetées sur des écrans textiles et éclaboussent le sol mais aussi le spectateur, lui faisant vivre une immersion dans cette brume virtuelle.

Ces œuvres ont été conçues en collaboration avec Jean-Marc Chomaz, codétenteur de la chaire avec l’artiste et chercheur de l’Ensad Samuel Bianchini. Ce physicien qui ne jure que par la nécessité de lier le sensible et l’esthétique à la technologie et l’innovation, martèle :  » Je veux que les scientifiques découvrent leur intime, qu’ils puisent dans leur sensibilité, pour créer un nouveau champ d’action artistique qui interroge nos pratiques. Le fait scientifique ne se réduit pas qu’aux mathématiques que l’on a apprises, à la technique, à la preuve : au début il doit y avoir une intuition «  et insiste sur la qualité hyper-transdisciplinaire, ultra-collective de ce domaine. Pour conclure qu’il  » faut une pensée critique sur les sciences dans la société, et cela se construit ensemble « . S’il s’agit d’un malentendu, il ne peut qu’être fructueux.

* La Chaire Art & Sciences marquera son lancement officiel avec un événement public le 2 et 3 février 2018 à la Cité internationale des arts, à Paris.  » Nous ne sommes pas le nombre que nous croyons être  » entraînera le public dans une profusion d’expériences artistiques visuelles, performatives, récitées, autour de problématiques environnementales et sociétales.

SOURCE : SCIENCE ET AVENIR

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