Comment donner le goût des sciences aux enfants ?

Entretien avec Didier Roux, vice-président de la fondation La main à la pâte, à l’occasion de la semaine de la science, du 7 au 15 octobre.

La Croix : Selon la dernière enquête PISA, les enfants français prennent moins de plaisir dans l’apprentissage des sciences que la moyenne des élèves de l’OCDE. Comment expliquez-vous cette désaffection ?

Didier Roux : C’est ce genre de constat qui a amené Georges Charpak et d’autres académiciens, dont Pierre Léna et Yves Quéré, à créer La main à la pâte, en 1995. L’enseignement de la science laissait de côté une grande partie des élèves, hors ceux qui s’intéressaient aux maths et à la physique. Les matières scientifiques étaient jugées difficiles et au bout du compte, peu intéressantes, parce qu’elles étaient enseignées du haut vers le bas, sans impliquer suffisamment les enfants. Malheureusement, cela reste encore assez vrai aujourd’hui.

Pourquoi est-ce important d’impliquer l’enfant ?

Didier Roux : Parce qu’on n’apprend jamais aussi bien que lorsque l’enseignement répond aux questions que l’on se pose. Et les enfants, même petits, se posent beaucoup de questions, toutes légitimes : pourquoi le ciel est bleu, pourquoi les arbres poussent… À partir du moment où ils s’interrogent, leur capacité d’apprentissage devient extrêmement élevée. L’enseignement des sciences doit donc susciter cette curiosité et amener l’enfant à établir, par une démarche d’investigation, des éléments de réponse qui lui permettront de participer à la construction de la réponse globale. C’est une démarche très différente de l’attitude passive qui consiste à récupérer une information tombée du ciel, à laquelle on ne connaît rien, ou pas grand-chose.

Comment leur donner le goût des sciences ?

Didier Roux : En éveillant les enfants dès le plus jeune âge à cette démarche d’investigation. C’est pour cela que La main à la pâte a commencé avec les élèves de primaire et qu’elle continue aujourd’hui au collège, avec les Maison pour les sciences. Une fois que l’élève a suivi un cursus et qu’il a intégré cette démarche, il aura le goût des sciences. Cela ne veut pas dire qu’il deviendra scientifique, mais l’enseignement des sciences doit s’adresser à tous. Les connaissances scientifiques font partie de la culture, au même titre que la littérature et les arts. Contrairement à ce que pensent certains, on peut se permettre de proposer un enseignement dont l’objectif n’est pas de former des experts, mais de fabriquer des citoyens qui s’intéressent à la science et qui sont cultivés, au sens large du terme.

Comment aider les enseignants à remplir cette mission ?

Didier Roux : C’est la question que se sont posée les créateurs de la Main à la pâte. Ils ne voulaient pas proposer une énième expérience pédagogique, mais une méthodologie qui permette à terme de toucher tous les enseignants et à travers eux les enfants. La fondation n’est pas une école, ni un système éducatif parallèle. Elle forme les enseignants aux méthodes d’investigation, en partenariat avec l’éducation nationale, pour faire évoluer l’enseignement des sciences.

Comment aider les parents à développer le goût des sciences ?

Didier Roux : Lorsque j’interviens dans les classes, je demande, par exemple, aux enfants de mettre un doigt dans la bouche, puis de le secouer et de me dire ce qui se passe. Ils me répondent « le doigt est froid ». Avec cette expérience, on peut faire énormément de science et je leur conseille de la reproduire à la maison pour l’expliquer aux parents. En inversant les rôles, on permet non seulement à l’enfant de s’approprier les connaissances, mais on montre également aux parents ce qu’est l’éducation aux sciences. Ces deniers vont comprendre qu’il faut aider l’enfant à accéder aux questions qu’il se pose et l’accompagner dans la recherche des réponses. Avec Internet, ils disposent d’un outil fantastique d’accès à toutes les réponses du monde, même s’il faut, bien sûr, garder un esprit critique.

Recueilli par Paula Pinto Gomes
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